Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jeunesse Communiste Paris 15

1 à 2 millions de jeunes stagiaires payés moins de 600 € par mois. Le SMIC jeune rêvé par le MEDEF existe déjà !

26 Novembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Entreprise

stagiaireesclavemoderne.jpg1 à 2 millions de jeunes stagiaires payés moins de 600 € par mois. Le SMIC jeune rêvé par le MEDEF existe déjà !


Article pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/


Ce que la droite libérale a rêvé est en train de s’exaucer : le fameux (demi) SMIC jeune imaginé par Balladur en 1993, remis sur la table par le président du MEDEF. Les stages sont l’occasion de précariser, sous-payer toute une génération, 1 à 2 millions de jeunes.

 

1,5 à 2 millions de jeunes sont stagiaires en 2013. Le flou sur les chiffres en dit long sur ce statut précaire, dissimulant souvent un travail à temps plein derrière la formation, la précarité pour la jeunesse face à l’entrée dans le monde du travail.

 

600 € en moyenne pour un étudiant : un demi-SMIC

 

L’enquête 2014 d’AJ Stages est à prendre avec beaucoup de pincettes. Cette « start-up » a été fondée en 2011 pour faire les intermédiaires entre les entreprises à la recherche de profils qualifiés et peu chers, et les jeunes en mal de stages. Des marchands de précaires.

 

stages-1.jpgToutefois, l’enquête a son intérêt. La rémunération moyenne d’un stage payé serait de 668 € par mois, la durée moyenne de 4 mois. On est au-dessus de la gratification minimum (430 €), mais bien en-dessous du SMIC : 1 445 € brut, 1 130 € net.

 

Dans le détail, les résultats sont bien différents. Les étudiants d’école de commerce – par le biais de l’agence ? – semblent sur-répresentés, avec 45 % de l’échantillon. Ils sont aussi mieux payés par les banques, les assurances, les grands groupes financiers.

 

350 € pour un stage en assoc, en administration : l’illégalité impunie

 

Pour ceux qui sortent de l’université, la rémunération serait de 600 € par mois, un demi-SMIC. Les étudiants d’écoles de communication seraient les plus défavorisés, avec 470 € par mois en moyenne.

 

stages-2.jpgCeux embauchés par des TPE (très petites entreprises) rémunérés à hauteur de 490 €, tout comme ceux qui travaillent dans les administrations (332 €) ou les associations (363€), sous-payés y compris en-dessous du minimum légal dans les deux derniers cas.

 

L’étude différencie les stages indemnisés ou non (moins de deux mois). Les stages de moins de deux mois représenteraient 12 % des stages.

 

Une réalité encore plus sombre : le flou sur les stages non-rémunérés

 

Crédible, ces chiffres ? Partiellement, il semble sur-estimer le poids réel des étudiants issus des écoles de commerce, négliger les divers stages concernant notamment les lycéens techniques et professionnels, les infirmier-e-s, que nous connaissons bien, et payés légalement entre 0 et 100 € par mois.

 

La moyenne de 600 € par mois annoncée est sans nul doute généreuse, la réalité est bien pire.

 

Si on compare les chiffres à l’étude du CEREQ (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) en 2007, on a confirmation de cette intuition.

 

Selon le CEREQ, la durée moyenne d’un stage était alors de 2 mois et demi. Seuls 31 % des stages étaient indemnisés, pour une rémunération moyenne de 480 € (540 € entre 3 et 6 mois).

 

Le « SMIC jeune », la droite, le MEDEF en rêvent. C’est déjà une réalité !

 

Le « SMIC jeune » ? C’est une réalité à 400 € en Grèce depuis deux ans, c’est déjà le cas en Allemagne avec les « mini-jobs » à 1 € par heure, 400 € par mois. Au Royaume-Uni, il  y a un « salaire minimum intermédiaire » (entre 50 et 80 %) pour les jeunes de moins de 22 ans.

 

Edouard Balladur, premier ministre de droite, avait proposé en 1994 le « SMIC jeune », un CDD payé à 80 % du SMIC (850 € par mois aujourd’hui) pour les jeunes de moins de 26 ans, peu qualifiés. La résistance de la jeunesse l’a contraint à reculer.

 

Dominique de Villepin, premier ministre de droite, avait sorti le CPE(Contrat Première Embauche) en 2006, conservant une rémunération au SMIC (1 100 € par mois aujourd’hui) mais avec une période d’essai de 2 ans. La mobilisation des lycéens, des jeunes travailleurs l’avaient forcé à retirer son projet.

 

Pierre Gattaz, président du MEDEF a relancé en avril 2014 l’idée, celle d’un « SMIC jeunes », d’un « SMIC intermédiaire » (demi-SMIC ?). François Hollande aurait été « très réceptif » à l’idée.

 

Mais c’est déjà une réalité par l’artifice des stages qui concernent de 1,5 à 2 millions de jeunes : 430 € de rémunération minimum, peut-être 600 € par mois. C’est bien un demi-SMIC dans les faits.

 

Le pire, c’est que le stage n’est pas soumis au Code du Travail mais à celui de l’Education. Il est donc possible de faire jusqu’à 48 h par semaine, de travailler 10 h par jour, 7 jours sur 7. Sans regard d’un inspecteur du travail.

 

La « loi sur les stages » de juillet 2014 prétend encadrer les stages, elle les légalise comme une forme d’emploi légitime. Les contre-parties sont minimes, telle que l’augmentation de la gratification de 87 euros repoussée à septembre 2015, au mieux.

 

La limitation du temps de travail à 35 heures par semaine, l’abaissement du droit à la rémunération à 1 mois – que le gouvernement avait accepté dans un premier temps – ont été remis en cause dans la loi.

 

C’est la droite libérale qui essaie depuis 20 ans de nous imposer ce « SMIC jeune », c’est la gauche, enfin le Parti socialiste qui s’en revendique, qui en fait une réalité sous une forme encore plus hypocrite, dangereuse, que le CPE de Villepin.

 

Comme en 1994 indirectement, en 2006 directement, seule la mobilisation de la jeunesse peut stopper, inverser l’avenir de précarité qu’on nous promet. Préparons les conditions d’une mobilisation d’ampleur pour dire « Non » à au « SMIC jeune à 400 ou 600 € » !

Partager cet article

Commenter cet article