Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jeunesse Communiste Paris 15

Casse de l'éducation prioritaire, fin de l'éducation pour tous. Mobilisations massives dans les écoles, collèges et lycées ZEP

8 Décembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Education

manif-zep-college-du-bosquet.jpgCasse de l'éducation prioritaire, fin de l'éducation pour tous. Mobilisations massives dans les écoles, collèges et lycées ZEP

 

Article pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/

 

Depuis des années, les ZEP survivent par la volonté des personnels enseignants, avec des moyens sans cesse rognés. Les réformes actuelles dite de « refondation de l'éducation prioritaire » visent à faire des nouveaux REP/REP + les poissons-pilote de la casse de l’Éducation nationale.

 

Ce mardi 9 décembre, les personnels de l'éducation prioritaire sont appelés à la grève dans l'Académie de Créteil. Depuis la communication de la carte des REP/REP +, il ne se passe pas un jour sans qu'une école, un collège ne se mobilisent contre la suppression de leurs moyens.

 

Le plan de l'ancien ministre Peillon, à moyens constants, par redéploiement, nous l'avions vu comme un moyen de « déshabiller les uns pour habiller les autres ». Des moyens concentrés sur une minorité d'établissements, des fonds supprimés pour tous les autres. Le plan de la nouvelle ministre, Najat Vallaud-Belkacem, recèle pire encore.

 

Les ZEP deviennent globalement REP, les Eclair, RAR (quelle soupe de sigles!) deviennent REP +. Un millier de « réseaux » dotés inégalement, les REP moyennement, les REP + plus sensiblement.

 

1 – Sortir une centaine de collèges du dispositif, c'est sortir plus de 500 écoles : la fin de l'ambition d'une éducation pour tous

 

La « refonte de l'éducation prioritaire », c'est d'abord une refonte de sa carte. Le ministère a pris soin de l'annoncer en décalé entre les Académies, pour éviter toute convergence des colères. Car, si il est promis un statu quo numérique, de fait, 5 à 10 % des ZEP actuelles vont sortir du dispositif.

 

10 %, cela fait une centaine de collèges … qui entraînent avec eux de 3 à 8 écoles primaires, donc de 500 à 800 établissements scolaires touchés par une cure d'austérité drastique.

 

Le ministère prétend que cela se fera à « stock constant ». Autant d'entrées que de sorties. Sauf que Mayotte et la Guyane entrent intégralement dans le dispositif, que Lille et Amiens se voient accorder une dotation exceptionnelle. La cure sera donc sans ambiguité pour les autres.

 

Pour la région parisienne, c'est une hémorragie. Partielle à Paris où 3 collèges sortent dont Valmy (10 ème) et Lucie Faure (20 ème). En banlieue, c'est 5 collèges en moins en Seine-Saint-Denis, 7 dans le Val-deMarne, 8 dans les Hauts-de-Seine et jusqu'à 10 en Seine-et-Marne.

 

C'est le nouvel « indice social » – opaque, laissé à la discrétion de l'administration – qui tranche. Quatre volets dans cet indice : le taux d'élèves boursiers, la profession des parents, aussi le taux d'entrée en 6 ème, et le nombre d'élèves issus des ZUS (Zones urbaines sensibles).

 

A moyens constants, cela signifie (avec le périmètre des ZUS) en exclure la ruralité et le péri-urbain ravagés par la crise, écarter les établissements qui ont su re-créer une forme de mixité sociale. Et réduire les REP/REP + restants à de véritables collèges-ghettos, en proche banlieue.

 

Alors que la situation sociale s'est terriblement dégradée ces dernières années dans nos quartiers, le « redéploiement à moyens constants », c'est faire sortir des écoles, des collèges qui ont terriblement besoin de ces moyens, maintenir à l'écart d'autres qui meurent faute de moyens.

 

Les conséquences pratiques, ce sont des budgets amputés jusqu'à 20 %. Finis les projets éducatifs innovants, les aides en personnel spécialisé, les voyages linguistiques, tout ce que le ministère prétend défendre dans sa Refondation de l'école, sa Refonte de l'éducation prioritaire.

 

Les classes de collège plafonnées à 25, celles de lycées à 30 seront à oublier, comme ailleurs ce sera les classes de 30 en collège, 36 en lycée. Pour des établissements toujours en difficulté sociale, toute ambition de transmission d'un savoir exigeant serait à abandonner.

 

Pour les personnels enseignants, subir ces conditions difficiles, sans aucun allégement de l'administration, ni aide extérieure, sans compensation matérielle ni récompense symbolique, ce serait trop. La fuite des enseignants les plus expérimentés, mieux formés est inévitable.

 

Cette carte de l'éducation prioritaire pose la question d'une autre carte, celle de la carte scolaire, dynamitée par la réforme de Sarkozy en 2008, en tout cas à Paris et en proche banlieue.

 

Elle a créé une éducation à trois vitesses après la 3 ème : entre une minorité de lycées privilégiés, une masse de lycées de seconde zone, et une poignée de lycées-ghettos.

 

2 – Les lycées sortis de l' « éducation prioritaire » ?

 

Le ministère a dévoilé la carte pour les écoles, les collèges. Il est resté muet sur le sort des lycées. Il y avait en France, en 2011, 152 lycées ZEP, 535 lycées en « dispositifs d'aide » (Eclair, Espoir Banlieue). On en compte 6 à Paris (dont François Villon, 14 ème), 55 à Créteil, 57 à Versailles.

 

L'ancien ministre Peillon avait répondu aux inquiétudes en confiant « certains seront intégrés ». La nouvelle Vallaud-Belkacem garde le silence sur la question. Le pire est à craindre : une sortie partielle ou totale des lycées du dispositif REP/REP +.

 

Plusieurs établissements – comme le lycée de l'Essouriau aux Ulis – ont déjà subi cette attaque depuis le début de l'année 2014 : amputation de dotations, suppression de projets et dessaisissement de l'étiquette ZEP à terme. Un processus voué à se répéter ailleurs.

 

Le moindre mal, tel que l'administration le conçoit, serait de ne concéder le label qu'aux anciens « ECLAIR », les établissements les plus en difficulté, alors que les autres lycées seraient re-qualifiés lycées sans étiquette, en vertu du supposé changement de leur composition sociale.

 

Il est sûr que si on fait barrage aux enfants d'ouvriers, des classes populaires dans leur entrée en lycée général – c'est la tendance qui semble accompagner ces REP/REP + – il n'y aura plus de lycées à composition sociale issue des « CSP - », des employés, des ouvriers, des chômeurs.Pas d'élèves des milieux en difficulté sociale, pas de problèmes, c'est l'idée du gouvernement.

 

3 – Faire des collèges REP (+) les laboratoires de l'autonomie libérale

 

C'est peut-être le pire de la réforme. Le plus insidieux, le moins visible mais le mieux intégré. L'éducation prioritaire doit être la maquette de la généralisation de la logique d'autonomie dans l'éducation primaire et secondaire, après son introduction catastrophique au niveau du supérieur.

 

« Réseau », le terme n'est déjà pas neutre. Il est le levier idéologique de la casse de nos territoires de référence, ancrés dans une réalité historique et géographique, accompagnant une appropriation démocratique de la vie quotidienne : les communes, le département et l'État. Logique réticulaire, créative, souple serait opposée à celle centralisée, rigide. De l'idéologie dominante en barre.

 

Concrètement, sur tous les points, les REP/REP + vont être un test sur la faisabilité de la casse de l'Education nationale :

 

  • + de moyens traduits en + de contrôle bureaucratique, + d'acteurs extérieurs dans l'école : la réforme prétend donner une place plus grande aux parents dans le suivi de l'éducation, une aide délivrée par des « experts » qui donneront leurs conseils sur la mise en œuvre pédagogique (qui sont-ils ? Les inspecteurs, les chefs ? Des « coachs-tuteurs », des « conseillers pédagogiques »?). Cette « souplesse » réticulaire, c'est une centralisation accrue, cette autonomie dans l'établissement, c'est la fin de l'indépendance des enseignants !

     

  • - d'heures en cours mais + d'heures de tâches administratives : les REP + expérimentaux depuis septembre 2014 donnent une idée. Officiellement, il y a une « pondération » (et non une décharge horaire, la différence est de taille) qui permettra de libérer en collège 1h30 par semaine … consacrés à une coordination dans l'équipe pédagogique : réunions pédagogiques, tâches administratives, suivi des élèves. Qui décide ? Le chef d'établissement, de plus en plus « manager ». Les 1 h 30 peuvent se transformer en 3 ou 5 h. Dans les REP +, cela devient tantôt heures sup, tantôt réunions sup (sans rémunération sup!), intégration à des dispositifs pédagogiques obligatoires. Et la « décharge » uniforme devenue « pondération » à la tête du client pénalise lourdement les TZR, les temps partiel. La logique d'annualisation du temps de travail, cassant le statut du fonctionnaire enseignant, visant à imposer une hausse du temps de travail, s'impose par ce biais-là ;

     

  • - de transmission de connaissance, de réflexion, d'esprit critique, + de compétences, d'approches dites innovantes, de fait rétrogrades : au nom des approches « créatives, ludiques, co-participatives », le seul horizon devient « lire, écrire, compter ». Exit toute ambition d'élévation du niveau culturel, réflexion critique sur le monde et la société, toute volonté de permettre aux élèves de milieu social modeste de rattraper leurs frères disposant d'autres atouts sociaux. Les REP/REP + seront les lieux du 'socle de compétences' à ambition 0, de l'abandon hypocrite des notes, et autres réformes cache-sexe de l'école de classe, de l'austérité faite doctrine pédagogique ;

 

Une autonomie signifiant mise en coupe réglée de l'administration bureaucratique, de chefs d'établissement/d'entreprise. Une annualisation du temps de travail traduite par une hausse effective du temps de travail, perdue en tâches administratives redondantes. Une capitulation de l'élévation du niveau culturel au profit d'une hypocrite éducation à deux vitesses : c'est la logique des REP.

 

C'est la casse de l'Education « nationale » par les « réseaux » éducation prioritaire. Les enfants de la bourgeoisie seront envoyés dans les meilleurs établissements publics qui n'appliqueront pas ces méthodes, ou directement dans le privé. Les classes moyennes tenteront de les imiter.

 

Les autres auront une éducation au rabais, discriminante, cachant mal sa reproduction sociale derrière l'absence de notes explicites, la démagogie des compétences minimales (prêtes-à-employer) qui sont une forme de classement plus subjectif et déterministe.

 

4 – Re-valoriser les vocations de profs en REP ? Primes dérisoires, bonifications supprimés et mise au pas des enseignants

 

Et pour les enseignants ? Le ministère a promis une re-valorisation : + 50 % de la prime ZEP en REP, doublement en REP +. Cela veut dire à peu près 50 € de plus en REP, 100 € de plus en REP +. Maigre consolation, qui représente entre 1 et 5 % d'augmentation effective de salaire.

 

Mais c'est là que le piège se referme. C'est « donnant-donnant », une petite contre-partie pour les heures supplémentaires qui seront comprises de fait dans la mission d'enseignement de plus en plus annualisée. Il s'agit de faire éclater le temps de travail : passer de 18 h devant classe (ce qui signifie bien plus de 40 h en tout), aux 35-40 h dans l'établissement.

 

Et les primes exceptionnelles REP/REP + – comme ceux qui sont dans le dispositif depuis la rentrée le savent, ou ceux qui étaient en ECLAIR avant – sont à la discrétion du chef d'établissement. Selon le niveau d'implication dans les projets, de soumission aux directives et de participation aux grèves. La prime peut ainsi aller de 0 à 2 000 €.

 

Dans le mouvement des mutations, la re-valorisation des ZEP/REP se traduit par une dé-valorisation de l'expérience en ZEP qui permettait d'avoir un bonus de points après 5 ans, puis un second bonus substantiel après 8 ans.

 

Une juste récompense après des années de sacrifices, jusque dans sa vie personnelle. Le ministère vient d'annoncer qu'il supprimait la bonification après 8 ans, tout comme les enseignants dont les établissements sortent des REP voient leur bonification menacée. De quoi décourager les vocations en ZEP, plomber l'avenir des personnels en poste.

 

Pendant ce temps, sans démagogie aucune, les hauts fonctionnaires ont reçu de nouvelles bonifications, par un arrêté du 3 décembre 2014 : l'école à deux vitesses, c'est aussi dans la Fonction publique.

 

Les écoles, collèges et lycées mobilisés par dizaines, à Paris, en banlieue, dans toute la France !

 

Faire la liste des établissements mobilisés depuis la mi-novembre serait impossible. Partout en France, des écoles, collèges, lycées se mettent en grève. Les manifestations, regroupant de 100 à 500 personnes, touchent même les petites villes.

 

Parents, enseignants, élèves sont tous unis pour défendre leur éducation :

 

à Marseille-Saint Exupéry, Dieppe, Dijon (les « Grésilles »), Comines et Wallers (Nord), Bagnols-sur-Cèze et La Grand-Combe (Gard), Rouvroy (Pas-de-Calais), Lussac et Bègles (Gironde), Bollène (Vaucluse), Hyères (Var), Decazeville (Aveyron), Pont-Evêque et Saint-Martin d'Hères (Isère), Toulouse-Empalot, à Carcassonne (Aude) ou encore Méru et Mouy (Oise).

 

Le gouvernement prétend faire de ces collèges, écoles des établissements « embourgeoisés ». Quand on sait le niveau de chômage, de précarité dans ces villes, régions touchées par la déindustrialisation, l'abandon des services publics, on comprend la rage des personnels !

 

En région parisienne, on compte 20 établissements dans l'Académie de Créteil et 43 à Versailles (dont 33 lycées) qui voient leur étiquette menacée.

 

Sans être exhaustif, pour les départements 92/93/94 : Boulogne, Antony, Plessis-Robinson, Gennevilliers, Nanterre, Clichy, Colombes, Arceuil, Alfortville, Ivry, Villejuif, Vitry, Aulnay, Romainville, Villiers-sur-Marne, Tremblay-en-France, Neuilly-sur-Marne, Montreuil, Stains voient au moins un collège, plusieurs écoles perdent les moyens supplémentaires liés au ZEP.

 

Encore une fois, difficile de faire de toutes ces villes, de ces quartiers précis des « privilégiés » qui devraient faire des sacrifices, ou des collèges embourgeoisés qui doivent être compétitifs face aux grandes cités scolaires, collèges ou lycées de Paris, Versailles ou Neuilly-sur-Seine.

 

Dans la seule Seine-et-Marne,10 lycées défavorisés en milieu rural perdent l'étiquette : Souppes-sur-Loing, Château-Landon, Nemours, La Ferté-sous-Jouarre, Provins, Lizy-sur-Ourq, Chelles, Lorrez-le-Bocage, Dammarie-les-Lys.

 

Dans la plupart de ces établissements, les enseignants sont mobilisés depuis près de deux semaines, soutenus par les parents d'élèves. D'autres se mobilisent aussi pour défendre leurs moyens, comme le collège Barbara (ex-Maurice Thorez!) à Stains.

 

Les grèves sont massivement suivis, souvent entre 80 et 100 %, des blocages ont été lancés, ainsi que des cortèges devant le siège des autorités compétentes our dénoncer la mort de l'éducation prioritaire.

 

Ce mardi 9 décembre, l'Inter-Syndicale de l'Académie de Créteil lance un mouvement de grève dans les écoles, collèges, lycées pour défendre l'éducation prioritaire. Un cortège est prévu à 11 h devant le Ministère, métro Sèvres-Babylone.

 

Une pétition circule, elle doit être signée massivement par les enseignants, étudiants, parents d'élèves : http://www.petitions24.net/contre_le_demantelement_de_leducation_prioritaire

 

Le mouvement porte une revendications immédiate, relayant les exigences exprimées à la base par les enseignants, parents : Pas une école, pas un collège sortis du dispositif d'éducation prioritaire, maintien des lycées dans le dispositif ZEP/REP. C'est sur cette base que le mouvement peut gagner.

 

Si il se lie aux collègues de toute l'Education nationale qui doivent dire Non à l'autonomisation programmée des établissements, Non à l'annualisation (hausse) du temps de travail, Non à une éducation au rabais sous prétexte de priorités différenciées !

Partager cet article

Commenter cet article