Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jeunesse Communiste Paris 15

« Comprendre la guerre en Syrie, lutter contre les ingérences impérialistes » - initiative fructueuse avec les communistes turcs, libanais et algériens

16 Novembre 2013 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Solidarité internationale

130828 Syrie« Comprendre la guerre en Syrie, lutter contre les ingérences impérialistes »

 

Compte-rendu pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

Une vingtaine de jeunes camarades de la JC du 15 ème ont profité d'un échange de haut niveau ce mercredi 13 novembre avec des intervenants militants communistes d'Afrique du nord et du Proche-orient.

 

Non seulement pour comprendre les enjeux du conflit syrien mais aussi lutter chez nous contre l'action de notre propre impérialisme dans cette guerre civile.

 

L'introduction fut l'occasion de rappeler quelques fondements de notre analyse : la guerre comme solution, avec ses propres contradictions, à la crise du capitalisme. L'actualité de notre analyse léniniste de l'impérialisme, celle d'un partage du monde entre puissances, qui se construisent des blocs continentaux au service du capital financier, des grands monopoles.

 

« Nous sommes inquiets de ce qui se passe en Syrie, pour l'avenir de l'Algérie », selon les communistes algériens

 

Georges, représentant du PADS (Parti algérien pour la démocratie et le socialisme), nous a livré une analyse rigoureuse à la lumière de la grille d'analyse marxiste sur le conflit syrien, et ses conséquences pour l'Algérie.

 

Pour notre camarade algérien, il faut dénoncer les ingérences des puissances et affirmer que seul le peuple syrien a le droit de décider de ses propres dirigeants. Contrer la propagande mensongère, déjà pratiquée lors des précédentes guerres de l'OTAN, est une priorité.

 

On se souvient des fameuses preuves des « armes de destruction massives » pour l'Irak. Elles ont légitimé une guerre qui a fait des centaines de milliers de morts, divisé le pays sur des bases ethniques, détruit les infrastructures du pays sans que cela ait instauré une « démocratie ».

 

La Syrie est un État laïc, multi-ethnique dirigé par une bourgeoisie syrienne en partie responsable de la situation, par les mesures libérales qu'elle a appliquées, celles du FMI, qui ont créé un mécontentement populaire légitime puis un prétexte pour l'agression impérialiste.

 

L'hypocrisie occidentale n'a pas de limites. Ses alliés, l'Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie, Israël sont des régimes répressifs, inféodés à l'impérialisme américain. Derrière la rhétorique humanitaire, ce sont les intérêts économiques, le jeu des grandes puissances qui l'emporte.

 

L'Algérie est inquiète de ce qui se passe en Syrie. Pays riche en matières premières (gaz, pétrole, uranium), avec un gouvernement traversé par des contradictions mais qui n'est pas directement inféodé aux puissances impérialistes, elle est la cible de toutes les convoitises.

 

Maroc, Tunisie, Mali, Libye : les dernières recompositions, liées souvent à des conflits impulsés, manipulés par les impérialismes, conduisent à un encerclement progressif de l'Algérie, entre régimes islamistes pro-occidentaux, vieux régimes réactionnaires et protectorats occidentaux.

 

La France et les Etats-unis combinent entre les diverses fractions de la bourgeoisie algérienne, prêtes à jouer entre les « courants modernistes », à monter les « islamistes » contre les « modernistes » ou à créer les conditions d'une grande coalition « islamisto-moderniste ».

 

Dans les années 1990, Etats-unis et France ont joué la carte islamiste, quitte à sacrifier les modernistes, c'était le FIS (Front islamique du salut) soutenu par le Qatar et l'Arabie saoudite. La déstabilisation – analogue à celle que connaît la Syrie – a échoué, au prix de 100 000 morts.

 

Mais les puissances impérialistes ne lâchent pas, elles changent de méthode. L'Algérie occupe, toutes proportions gardées, pour les stratèges occidentaux une place analogue à celle de la Syrie pour le Moyen-orient – les hydrocarbures en plus.

 

Le régime algérien actuel a signé des accords avec les saoudiens et les qataris, accordé le droit de passage des avions français pour aller bombarder le Mali, négocie encore pour une gigantesque base militaire américaine dans le Sahara : c'est le loup dans la bergerie algérienne.

 

Pour les communistes turcs, « le régime d'Erdogan est en première ligne dans la déstabilisation de la Syrie »

 

Neslisah, représentante du Parti communiste de Turquie (TKP), a rappelé de façon précise et vivante l'implication de la Turquie dans les manœuvres de déstabilisation de la Syrie.

 

Elle a rappelé toute la prudence qu'on doit avoir face aux dites « révolutions arabes », rapidement instrumentalisées par les Etats-unis, avec l'instauration de pouvoirs islamistes en Egypte, Tunisie, le financement d'oppositions armées en Libye, Syrie.

 

La Turquie a joué dès le départ un rôle actif.La dite Armée syrienne libre (ASL) est armée par les occidentaux via la Turquie. Mais l'horreur du terrorisme islamiste, la réalité des crimes rendent aujourd'hui l'intervention de moins en moins défendable face à l'opinion turque.

 

Si la situation a changé, c'est aussi grâce à la « résistance de Juin », ce mouvement populaire qui a émergé en Turquie sur un rejet général et diffus du régime, ainsi que sur l'opposition à la politique du gouvernement en Syrie, plus interventionniste que les Etats-unis même !

 

La Turquie est devenue un pays en guerre. Il y a six mois, deux explosions ont fait 50 morts au sud du pays, des voitures piégées par les combattants d'Al Qaeda, suscitant l'indignation populaire.

 

Quand en juin, le premier ministre Erdogan a tiré sur son propre peuple, faisant 7 morts, utilisant des gaz chimiques, le gouvernement en est sorti affaibli.

 

Face à sa servilité envers les pétro-monarchies, les Frères musulmans, les terroristes islamistes, et in fine envers Israel et les Etats-unis, éclatent les contradictions de sa « politique néo-ottomane », visant à construire une aire d'influence sur le Moyen-orient.

 

Aujourd'hui, il y a un malaise en Turquie devenue base arrière de ces bandes armés. Venues d'Afghanistan, d'Arabie saoudite, elles patrouillent dans le sud du pays, occupent des places dans les hôpitaux, les universités, on leur concède des logements … et jusqu'à la citoyenneté turque.

 

Ces supposés opposants internes syriens sont en réalité armés et appuyés par l'Occident, formés et financés par l'Arabie saoudite ou le Qatar, logés par la Turquie d'Erdogan … jusqu'à être vêtus parfois de vieux uniformes de l'armée turque.

 

La Turquie est trop mouillée pour reculer, mais piégée pour avancer plus dans l'intervention. C'est dans cet espace qu'avance le Parti communiste turc pour construire la mobilisation contre l'intervention en Syrie.

 

En avril dernier, plusieurs milliers de personnes ont répondu à l'appel lancé par l' « Association pour la paix » turque, liée au Parti, à Istanbul puis à Antioche pour une initiative de masse : « Les peuples veulent la paix », soutenue par le Conseil mondial de la paix.

 

Le message porté par le Parti communiste, dans le sillage de la « Résistance de Juin » trouve un écho croissant au sein de la population turque, malgré les résistances héritées d'une société étouffée par une histoire faite de régimes répressifs, entre peur et résignation.

 

Une analyse libanaise de la guerre civile en Syrie


Walid, pour le Parti communiste libanais (PCL), a finalement fourni des pistes d'analyse à explorer pour comprendre le conflit syrien, à partir du point de vue du frère libanais.

 

Il a d'abord rappelé l'organisation de la 14 ème Rencontre des Partis communistes et ouvriers à Beyrouth, qui avait débouché sur une déclaration signée par plus de 60 partis communistes condamnant les ingérences impérialistes, en soutien au peuple syrien.

 

Ensuite, il a évoqué la situation au Liban, le poison du « confessionnalisme » qui tue toute unité progressiste, toute fraternité, essentialise les différences de croyance en une détermination politique. C'est dans ce piège communautaire que les puissances veulent enfermer la Syrie.

 

Le PCL – créé en 1924 englobant alors le PC syrien, avec comme parrains les PC palestinien et français – avait même réécrit les premières paroles de l'Internationale : « Nous n'avons pas de confession », pour affirmer leur refus de cet enfermement communautaire.

 

Dans l'histoire du pays, les alliés de l'impérialisme n'ont cessé de fomenter des divisions : entre chrétiens et musulmans, chiites et sunnites, indiquant les réfugiés palestiniens ou syriens comme bouc-émissaires, ou les communistes comme dangereux « athées » ... alliés des musulmans.

 

L'hypocrisie des puissances occidentales fut encore soulignée. Indignées quant au sort des chrétiens en Liban, elles se sont tues quand les chrétiens de Syrie – historiquement protégés par le régime d'Assad – ont été massacrés, leurs églises ravagées.

 

Le poison du néo-libéralisme a créé un climat d'individualisme qui nourrit aussi le communautarisme. Voilà pourquoi le PC libanais soutient de front la revendication d'un État démocratique, laïc avec celle de la rupture avec le capitalisme, la construction du socialisme.

 

La situation interne du Liban ne peut s'abstraire de la situation internationale. Du rôle historiquement qu'a joué l'URSS pour maintenir l'indépendance du Liban, y compris contre les véllélités syriennes, mais surtout contre l'expansion israélienne.

 

La relation avec la Syrie a beau être parfois tumultueuse, elle a reposé sur une solidarité dans les moments décisifs avec la résistance du peuple libanais, comme celle du peuple palestinien, notamment lors de la dernière guerre en 2006.

 

Quel rôle jouent les États russes et chinois actuellement ? Sont-ils porteurs d'un véritable rôle anti-impérialiste, des impérialismes nouveaux en rivalité avec les vieux impérialismes ? Le débat sur cette question fut riche et animé, il méritera une nouvelle rencontre pour le trancher.

 

Mais au-delà de la nécessaire analyse de la situation internationale, c'est vers nos tâches militantes que nous nous sommes concentrés, en conclusion.

 

 

Dès maintenant mener la lutte, éveiller les consciences, construire la mobilisation contre les interventions françaises à l'étranger, pour la sortie de la France de l'OTAN, pour donner d'autres priorités à notre pays que celle de la guerre !

Partager cet article

Commenter cet article