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Jeunesse Communiste Paris 15

Échange fructueux entre jeunes communistes du 15ème et militants communistes coréens du Parti progressiste unifié (PPU)

3 Juin 2012 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Solidarité internationale

Flag-Pins-South-Korea-North-Korea.jpgÉchange fructueux entre jeunes communistes du 15ème et militants communistes coréens du Parti progressiste unifié (PPU)


 

Compte-rendu pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/


 

Ce jeudi 24 mai, une dizaine de jeunes communistes du 15ème et d'ailleurs ont eu l'honneur d'accueillir trois militants du Parti progressiste unifié (PPU), organisation politique unitaire sud-coréenne sous hégémonie communiste.

 

Une opportunité unique d'échanger sur un fait méconnu, la force des communistes en Corée du sud, à la tête d'une coalition progressiste issue du Parti démocratique du travail, créé en 2000 ; d'échanger sur les conditions d'une lutte difficile mais intense, la Corée étant le foyer de luttes ouvrières et étudiantes massives ; enfin d'avoir une réflexion sur la Corée du nord et son contre-modèle.

 

Nos camarades sont partis de la situation sociale et économique en Corée du Sud, qu'ils caractérisent d'abord comme un pays néo-colonisé par les Etats-unis depuis la fin de la guerre de Corée.


 

Oubliés du « miracle coréen » et luttes massives étudiantes et ouvrières


Ils ont rappelé que les travailleurs sud-coréens ne bénéficient pas vraiment du « miracle sud-coréen ». Ils sont deux fois plus productifs que les travailleurs européens mais sont payés deux fois moins. Ils peuvent vivre décemment uniquement par un travail ininterrompu, même la nuit et les week-ends.

 

L'accès à l'université est un luxe, les frais d'inscription à l'université s'élèvent à 6 300 $ par an en moyenne. Pour les familles de la classe moyenne, voire des couches populaires, envoyer ses enfants à l'université supposent des sacrifices et un endettement sur plusieurs années.

 

Cette situation sociale explosive a conduit à des luttes massives en Corée ces deux dernières décennies.

 

Luttes étudiantes d'abord, qui ont fortement contribué à faire chuter la dictature en juin 1987, le « mai 1968 » coréen, avec une convergence plus marquée entre mouvement étudiant et ouvrier. De la lutte, les dirigeants réformistes ont rejoint le Parti démocrate, de centre-gauche. La plupart des militants ont rallié le futur Parti démocratique du travail, lié aux communistes.

 

Notre orateur principal a ainsi dû subir sept années de prison pour son action révolutionnaire dans la lutte étudiante.

 

Les luttes étudiantes sont toujours le moteur de la contestation. Des manifestations souvent pacifiques, des cortèges avec des « bougies » liant étudiants, professeurs et parents, pour réclamer au moins la réduction de moitié des frais d'inscription.

 

Des luttes étudiantes mais aussi ouvrières, à partir de secteurs moteurs : métallurgie, automobile, transports, chantiers navals mais aussi fonction publique.

 

Une lutte menée dans des conditions extrêmement défavorables. Si les syndicats indépendants étaient interdits sous la dictature, le droit de grève est aujourd'hui encore refusé aux travailleurs du secteur public.

 

Dans l'industrie, si les syndicalistes sont arrivés à s'implanter à Kia ou Hyundai, la répression féroce empêche toute constitution de syndicats chez Samsung.


 

Du syndicat de classe au parti du travail sous hégémonie communiste


 

Face à la collaboration de classe du syndicat officiel FKTU, les syndicalistes sur des positions de classe ont fondé en 1995 la KCTU (Korean Confederation of Trade unions), centrale qui a impulsé les grandes grèves de 1996-1997 et est aujourd'hui la deuxième centrale syndicale du pays avec 700 000 syndiqués.

 

Dans une vie politique verrouillée par un consensus dominant anti-communiste, néo-libéral et pro-impérialiste, la nécessité d'un débouché politique à ces luttes sociales s'est fait sentir. Il a conduit la KCTU avec deux autres organisations de masse, paysanne et étudiante, à soutenir la création en 2000 du Parti démocratique du travail (PDT), qui a créé en 2011 le Parti progressiste unifié (PPU).

 

Le PDT puis PPU bénéficient du soutien des couches les plus conscientes de la classe ouvrière sud-coréenne, il a obtenu aux dernières législatives 6% des voix et 13 sièges, malgré une bi-polarisation qui empêche l'émergence de toute alternative.

 

Cette formation rassemble l'ensemble des forces de gauche, des nationalistes de gauche aux sociaux-démocrates en passant par les gauchistes. Néanmoins, en raison aussi de leur force dans le syndicat, les communistes restent la force hégémonique.

 

Dans le parti, la lutte est difficile pour les communistes tout d'abord car ils ne peuvent s'afficher ouvertement comme communiste. Comme sous la RFA de l'après-guerre, le Parti communiste est interdit en Corée du sud au nom de la « Loi sur la sécurité nationale ». Les communistes doivent donc agir à couvert, pousser aussi loin leurs positions anti-capitalistes et anti-impérialistes que ce que la loi leur permet.

 

Les communistes sont confrontés dans l’organisation aux « opportunistes de droite » (nationalistes-libéraux) qui refusent la lutte anti-impérialiste et aux « opportunistes de gauche » (trotskistes) qui veulent construire le socialisme maintenant, sans passer par la lutte de libération nationale, sans passer par une lutte sur des revendications concrètes et crédibles de suite.

 

Toute la dialectique du combat des communistes en Corée du sud est de toujours lier la bataille idéologique dans le parti, contre l'opportunisme, et le renforcement du lien entre le parti et les masses, la ligne de masse de l'organisation.

 

La seule façon efficace de battre les liquidateurs dans le parti est bien d'impulser les luttes dans la société, de développer la ligne la plus rassembleuse dans l'action.


 

L'analyse par les communistes du Sud de l'évolution de la situation au Nord


 

Comment les sud-Coréens perçoivent la Corée du Nord ?

 

Difficile de ne pas tomber dans la caricature, les idées reçues, véhiculées aussi par les médias dominants sur ce pays que l'on connaît très mal. Paradoxalement, l'image qu'ont les sud-coréens de la Corée du Nord est aujourd'hui moins mauvaise que la nôtre, ce pour plusieurs raisons.

 

Premièrement, le nationalisme coréen, sentiment vivace construit autour d'une civilisation millénaire mais aussi du rejet des envahisseurs étrangers et d'un pacifisme consubstantiel à l'histoire coréenne. La division de la péninsule est perçue comme un accident de l'histoire, et une majorité de sud-coréens sont favorables à la réunification.

 

Le système privilégié actuellement est celui d'un Etat fédéral, avec un Etat, deux systèmes.

 

Deuxièmement, les franges les plus conscientes des travailleurs sud-coréens se sentent redevables envers la Corée du Nord. Les syndicalistes des deux syndicats dominants, y compris le syndicat officiel, ont développé des liens intensifs avec leurs homologues nord-coréens et ont été agréablement surpris par les conditions de travail différentes connues au Nord. Le poids des organisations syndicales a beaucoup joué dans le processus de « dégel » entre 2000 et 2008, entre les deux gouvernements du Nord et du Sud.

 

La Corée du Nord a apporté une aide non-négligeable aux organisations syndicales et politiques progressistes sud-coréennes, un soutien logistique et humain qui n'empêche pas ces organisations de préserver leur plus entière indépendance vis-à-vis de cet Etat.

 

Troisièmement, la Corée du Nord n'est pas un pays où tout est blanc et noir. Elle a connu d'indéniables réussites, avec une industrialisation rapide dans les années 60-70 à partir de la région la plus pauvre de la péninsule, avec le développement d'infrastructures d'éducation et de santé qui ont notamment permis l'alphabétisation et la vaccination de l'ensemble de la population.

 

Certes, la Corée du Nord a connu d'énormes difficultés dans les années 1990, elle fut un pays au bord du gouffre. Une production en recul, des infrastructures publiques en difficulté et une famine qui, loin de la propagande occidentale sur les morts de la famine, a surtout conduit à une restriction de la consommation de produits alimentaires.

 

Depuis, l'économie nord-coréenne s'est relancé, la population va mieux bien que la période la plus difficile ait laissé des traces. Preuve de cette normalisation, alors que la plupart des pays avaient rompu leurs relations diplomatiques dans les années 1990 pariant sur la décomposition de l'Etat du nord, aujourd'hui quasiment tous les pays du globe ont rétabli leurs relations à l'exception notable des Etats-unis, du Japon et... de la France !

 

Il fut conclu sur la nécessité d'intensifier les liens entre communistes français et communistes coréens, d'intensifier la solidarité internationale avec ceux qui mènent la lutte dans des conditions difficiles. Les jeunes communistes du 15ème tentent d'y contribuer à leur échelle.

 

 

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