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Jeunesse Communiste Paris 15

Georg Lukacs et l'actualité du marxisme

24 Mars 2012 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Histoire

30708.jpegGeorg Lukacs et l'actualité du marxisme



Ricardo Costa da Gama, secrétaire à la formation politique du PC Brésilien



Traduction AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/



Georg Lukacs est né à Budapest, dans une famille bourgeoise. Il renonça à une vie bourgeoise pour se consacrer à l'étude des arts et de la littérature, manifestant un grand talent pour la critique. A l'Université de Budapest, il devint docteur en droit en 1906 et en philosophie en 1909. Il acquiert une solide formation humaniste, en fréquentant des intellectuels du niveau de Béla Bartók, Eugene Varga, Max Weber, Ernst Bloch, Mannheim, et fut fortement influencé par la sociologie et la philosophie néo-kantienne.



Il approfondit ses lectures de Marx, Engels et Rosa Luxembourg après la révolution de 1917 et, l'année suivante, s'enthousiasmant des potentialités d'un processus révolutionnaire mondial, il adhéra au Parti communiste de Hongrie. En mars 1919, éclate la révolution hongroise et est proclamée la République prolétarienne des conseils, la Commune hongroise, sous la direction de Bela Kun.



Lukacs est désigné vice-commissaire du peuple à la Culture et à l’Éducation publique, réalisant une profonde réforme de l’Éducation, la socialisation des maisons d'édition et une politique ouvrant les musées et théâtres aux travailleurs. En août, cependant, les troupes fascistes de Horthy assassinent l'expérience socialiste en Hongrie (5 000 personnes exécutées, 75 000 prisonnières et 100 000 condamnées à l'exil) et obligent le PC à agir dans la clandestinité.



En exil à Vienne, après avoir échappé à l'extradition et à la condamnation à mort grâce à la large mobilisation des intellectuels allemands, il prépare les manuscrits d'Histoire et consience de classe. Sous la forte influence de la pensée d'Hegel, il sort un de ses livres les plus polémiques, renié par son auteur même en pleine maturité intellectuelle et politique, mais qui servot de référence et d'inspiration pour les théoriciens de l'école de Francfort, comme Adorno et Benjamin, et de l'existentialisme, tel Sartre.



L’œuvre prend pour cible le marxisme vulgaire de la 2nde internationale, le courant révisionniste de Bernstein et le positivisme dominant dans les sciences sociales, et rejoint Rosa Luxembourg dans la perspective de l'éclosion de la révolution prolétarienne mondiale, qui ne vit pas le jour. Dans ce livre, Lukacs formule la théorie de la réification(dans le système capitaliste, les phénomènes sociaux et les rapports entre les hommes prennent l'apparence de choses), tout en développant la thèse selon laquelle la réalité ne peut être analysée scientifiquement que du point de vue de la totalité.



La controverse vient de l'idée que seule le prolétariat peut connaître la réalité dans sa totalité, car la science et la conscience coïncident en lui, puisqu'il est, en même temps, sujet et objet de connaissance, ou autrement, la conscience de soi signifierait conscience de toute la société.



Mais cette conscience n'est pas donnée de façon immédiate ; elle serait plutôt le produit de la lutte de classes : par la résistance à sa réduction à la simple condition de marchandises, par la lutte contre la réification de la force de travail, la classe ouvrière sera poussée à découvrir et remettre en cause le processus de réification, révélant le caractère fétichiste de toute marchandise. Ainsi, la conscience de soi serait, simultanément, connaissance de l'ensemble des rapports capitalistes.



Le livre fut objet d'une vigoureuse condamnation de la part de l'Internationale communiste à son Vème Congrès (1924), attaqué par Boukharine et Zinoviev pour « rechute dans le vieil hégélianisme » et « révisionnisme théorique ». Lukacs a fini par s’éloigner de la politique partisane, étant menacé d'exclusion du PC Hongrois après la divulgation de ses Thèses de Blum(pseudonyme utilisé dans la clandestinité), battues au II ème Congrès du Parti (1929), pour avoir défendu la « dictature démocratique du prolétariat et de la classe paysanne » et dépeint la classe ouvrière comme l'héritière du meilleur de l'humanité – y compris la tradition révolutionnaire bourgeoise – et pas seulement comme créatrice de la nouvelle culture ouvrière.



Lukacs saisissait que l'alternative au fascisme de Horthy devait être un régime garantissant les libertés politiques, se construisant à partir d'un large front politique. A l'époque, l'Internationale communiste refusait l'alliance avec la social-démocratie, défendant la tactique « classe contre classe ».



En 1930, Lukacs se rend à Moscou, où, travaillant pour l'Institut Marx-Engels, il approfondit sa connaissance de la pensée marxienne en se consacrant à la lecture des Manuscrits économico-philosophiques de 1844, ce qui lui permit de dépasser ses conceptions idéalistes présentes dans Histoire et conscience de classe. Sur le plan théorique et culturel, il tente de construire une esthétique marxiste, en approfondissant la conception du réalisme critique, en opposition au naturalisme dominant la littérature bourgeoise et même à l'art proposé par le « réalisme socialiste » (stalinien), méthode ne visant qu'à la simple description des phénomènes.



Avec la fin de la guerre et la défaite du fascisme, Lukacs revint à Budapest, et fut élu membre du parlement hongrois et participa activement à la vie culturelle européenne, mais, entre 1949 et 1953, il subit la répression des partisans de Staline, avec une campagne orchestrée par les militants et dirigeants du PC Hongrois et jetant sur lui un « discrédit idéologique ». Il se remit alors à l'écriture et publia la Destruction de la raison, œuvre importante dans laquelle il enquête sur les racines historiques de la tragédie allemande (de la voie prussiennevers le nazisme), identifiant l'Allemagne comme le « pays classique de l'irrationalisme » et critiquant la posture des intellectuels modernes (en premier lieu Nietzsche), représentants de la décadence idéologique au stade impérialiste, dont les caractéristiques principales seraient l'attaque contre le matérialisme dialectique et l'apologie du capitalisme.



A la suite du processus de « déstalinisation » entamé avec le XXème Congrès du PCUS, Lukacs défend la démocratisation de la Hongrie, participe au Comité central renouvelé du PC Hongrois et devient Ministre de l’Éducation et de la Culture du gouvernement de Nagy en 1956. Mais il démissionne, en désaccord sur le rapprochement avec les puissances occidentales. Les troupes du Pacte de Varsovie interviennent, et Lukacs fut contraint de partir pour la Roumanie et, quand il revient au pays, il est exclu du PC. Dans les années 1960, après la publication de son Esthétique, ambitieuse tentative de constituer une théorie marxiste des manifestations artistiques, il se consacre à l'élaboration d'une Éthique marxiste, débouchant, après des études initiales sur les fondements des valeurs inscrites dans la praxis humaine, sur la rédaction de l'Ontologie de l’Être social, œuvre qui ne fut publiée dans son intégralité qu'après sa mort.



Quelles qu'aient pu être les critiques qu'il a portées aux États socialistes de son temps, fortement emprunts de pratiques anti-démocratiques et bureaucratisantes, dans une interview du début des années 1970, Lukacs ne laissait aucun doute sur ses positions politiques et idéologiques, aux quelles il est resté fidèle toute sa vie :



« Le pire système socialiste est préférable au meilleur des systèmes capitalistes ».

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