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Jeunesse Communiste Paris 15

Grève des lycéens massivement suivie en Espagne contre les coupes dans l'éducation et l'autonomie des lycées

14 Février 2013 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Solidarité internationale

20130206_6399.JPGGrève des lycéens massivement suivie en Espagne contre les coupes dans l'éducation et l'autonomie des lycées

 

Article AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

 

Le mouvement de grève organisé par le Syndicat des étudiants a paralysé les lycées espagnols les 5, 6 et 7 février. En ligne de mire, la loi LOMCE qui organise la pénurie pour mieux légitimer un processus d'autonomie-privatisation de l'enseignement secondaire.

 

Préparé par 750 assemblées-générales et 500 piquets de grève, le mouvement convoqué par le Syndicat des étudiants, soutenu par les syndicats enseignants (FETE-UGT et FECC.OO)ainsi que par les parents d'élèves (CEAPA) a été un succès incontestable.

 

Selon les chiffres du Syndicat des lycéens, la grève a été suivie par 80 à 90% des lycéens avec une paralysie quasi totale en Galice, dans les Asturies, en Aragon, Catalogne, Extrémadure, en Andalousie ou encore à Madrid.

 

20130206_6330.JPGLa manifestation étudiante et enseignante du jeudi a réuni près de 200 000 manifestants dans 120 cortèges dans tout le pays : 40 000 à Madrid, 20 000 à Barcelone, 20 000 en galice, 30 000 en Andalousie, 15 000 à Valence et 4 000 tout de même à Saragosse.



La loi LOMCE : la pénurie organisée pour légitimer la casse de l'éducation publique



Les slogans arborés sur les pancartes des adolescents ont révélé un haut degré de conscience politique, parmi les slogans-phares : « C'est aux riches de payer la crise ! », « Non à la privatisation » ou le direct « Si il n'y a pas de solution, il y aura révolution ».



sevilla8.jpgL'objet de la colère lycéenne : la LOMCE (Loi organique pour l'amélioration de la qualité de l'éducation) du ministre de l'éducation José Ignacio Wert, un nom de code pour faire accepter les coupes budgétaires donc la dégradation de la qualité de l'éducation publique.



La dégradation se fait déjà sentir avec les 6 milliards d'euros de coupes dans l'éducation depuis 2010 : classes bondées, matériel manquant, professeurs non-remplacés, fin des aides pour les livres deviennent le lot de tous les Institutos (lycées) espagnols.



Mais le pire est à venir. La LOMCE prévoit 4 milliards de coupes supplémentaires d'ici 2015. Selon les estimations du gouvernement même, 4 000 professeurs ne seraient pas remplacés l'an prochain.



Cette casse de l'éducation publique sera à la charge des communautés autonomes (régions) dans un des pays d'Europe où la logique de régionalisation a été poussée le plus loin : les régions fixent les programmes, gèrent le budget de l’Éducation ainsi que le personnel enseignant.



Si cinq régions ont émis leurs critiques pour des raisons politiciennes (les socialistes Andalousie, Asturies, Canaries) ou nationalistes (Catalogne, Pays Basque), leur opposition vise fondamentalement à l'amendement du projet de loi, non à son retrait.



Mais le projet va plus loin et s'inscrit dans une grande « réforme » de l'éducation. En organisant la pénurie et la dégradation de l'éducation publique, le gouvernement de droite construit une éducation à plusieurs vitesses profitant au lycées prestigieux, publics et surtout privés.



Comme le résume le secrétaire du Syndicat des étudiants Tohil Delgado : « Ce sont les patrons des écoles privées qui vont se tailler la part du lion dans une éducation qui deviendra de plus en plus élitiste pour l'accès à l'université et à une formation professionnelle de qualité ».



Autonomie des lycées et éducation à plusieurs vitesses

 

L'analyse en détail de la loi révèle un plan méthodique de casse de l'éducation publique instructif pour nous, lycéens et étudiants français.



valencia8.jpgPremier point fondamental, l'autonomiedes lycées. Les chefs d'établissement auront désormais toute latitude pour choisir leur personnel, y compris enseignants sous divers statuts, ainsi que pour accepter ou refuser des élèves dans leur lycée.



La loi prévoit notamment une spécialisation des lycées selon le type de branches ou d'élèves. Une institutionnalisation de la distinction entre lycées d' « excellence » et lycées « poubelle ».



Un système à deux vitesses qui sortira renforcé par la levée de fonds privés, notamment via l'introduction d'activités lucratives au sein des établissements ou la location des infrastructures scolaires à des opérateurs privés.



Dans le même temps, naturellement, les établissements privés – à plus de 80% religieux – continuent à recevoir des financements publics et sortiront relativement avantagés par la politique de casse de l'éducation publique.



Deuxième point, le renforcement de la séparation entre « filière générale » et « filière professionnelle »pourtant regroupées dans les mêmes lycées, une séparation déjà actée au cours de l'année de 3ème (cuarto curso).



La main-mise du patronat sur les filières professionnels se renforce, une filière par ailleurs conçue non comme une alternative au cursus général mais bien comme une filière de seconde zone pour les élèves en décrochage.



Troisième point, la dévalorisation des matières jugées « non-fondamentales ». Hormis l'Espagnol, les mathématiques et l'anglais, les autres matières sont toutes touchées.



La philosophie est éjectée en terminale, le français (2ème langue parlée derrière l'espagnol) est menacé tandis que l'histoire et la géographie deviennent optionnelles... en 3ème.



Quatrième point, le renforcement de la sélection à l'université.



Le caractère national du Baccalauréat (à moitié assuré en contrôle continu) est remis en cause par la Loi qui accorde aux universités la possibilité, en parallèle du Bac, de faire passer des examens (revalidas) d'entrée selon leurs critères propres.



Dans ce tableau désolant, il convient de ne pas oublier le sort des professeurs. Réduits à l'état de main d’œuvre à la merci des chefs d'établissement dans le cadre de l'autonomie, leur compétence même est remise en cause sous prétexte de valorisation de la « polyvalence ».



Avec la LOMCE, un professeur d'EPS peut enseigner le français s'il l'a vaguement étudié dans sa jeunesse, un professeur d'Histoire peut remplacer le professeur d'Espagnol. Il s'agit de gérer la pénurie et de dévaloriser la formation professionnelle du corps enseignant.



Chômage et exil pour les jeunes espagnols : une politique du désastre national coordonnée par l'UE



Dans un pays où 57% des jeunes entre 18 et 25 ans sont au chômage, cette politique de casse de l'éducation secondaire espagnole mise en place par la droite avec la collaboration du PSOE est une politique du désastre national pilotée par l'Union européenne.



Comme au Portugal ou en Grèce, la seule perspective pour la jeunesse espagnole est l'exil : 300 000 Espagnols sont partis à l'étranger seulement entre 2008 et 2011 pour s'installer à l'étranger, la majorité hautement qualifiés de 20 à 30 ans.



Afflux de jeunes ingénieurs espagnols en Allemagne, des jeunes infirmières en France mais de plus en plus d'étudiants : on compte 16% d'étudiants espagnols en plus en 2012 par rapport à 2011 en France.



Cette politique s'inscrit dans les politiques de libéralisation du secteur de l'éducation impulsées par l'Union européenne, notamment du processus de Bologne ouvrant la voie à l’autonomie et à la privatisation de l'éducation supérieure.



IMG-20130205-WA0051.jpgEn Espagne comme en France, la défense de l'éducation publique, gratuite et nationale est une nécessité. Tout comme la rupture avec cette Union européenne qui privatise le bien public et met en concurrence les peuples pour garantir la domination du capital.

 

Images: photographies publiées par le Syndicat des étudiants espagnols

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