Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jeunesse Communiste Paris 15

Henri Alleg débat avec 40 jeunes dans le 15ème sur le rôle des communistes dans la lutte anti-coloniale

28 Décembre 2011 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Actualité

111217_Alleg_130.jpgHenri Alleg débat avec 40 jeunes dans le 15èmesur le rôle des communistes dans la lutte anti-coloniale

 

Compte-rendu pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

Le 17 décembre, la Jeunesse communiste du 15èmeorganisait une initiative exceptionnelle avec Henri Alleg, militant communiste et figure de la lutte anticoloniale en Algérie, ancien dirigeant du PC Algérien et directeur d'Alger Républicain.

 

Le secteur de la JC Paris 15 avait choisi d'axer le débat sur « la raison d'être de l'organisation communiste, hier et aujourd'hui ». Les 50èmesanniversaires à venir de l'indépendance et, avant, du massacre de Charonne (deux jeunes communistes du 15èmeparmi les 9 morts) seront d’autres occasions de l’enrichir à propos de l’Algérie.

 

Pour la quarantaine de jeunes présents du 15ème, des Hauts-de-Seine (et quelques uns de plus loin), il s'agissait d'apprendre à lire l'histoire à la lumière de nos préoccupations présentes et d'éclairer nos luttes actuelles par les enseignements d’expériences telles que celle d’Henri Alleg.

 

Dans sa présentation, notre responsable a insisté sur la nécessité de combattre certaines idées propagées par nos adversaires de classe pour dénigrer l'action héroïque des communistes dans la lutte anticoloniale. Henri Alleg est l’un des mieux placés pour remettre les choses à leur place.

 

Non, la lutte anticoloniale n'est pas une affaire d'engagements individuels malgré la richesse humaine et le courage inestimable de camarades comme Maurice Audin, Fernand Iveton ou Henri Maillot. Ces actes individuels s'inscrivent dans un engagement collectif, rendu possible par une organisation qui les a suscités, orientés, qui a démultiplié leurs forces et leur a donné une direction : l'indépendance et le socialisme.

 

Oui, les communistes algériens ont joué un grand rôle dans la lutte pour l'indépendance. N'en déplaise à certains nationalistes algériens, le PCA a joué un rôle décisif, en organisant la classe ouvrière là où elle se trouvait, en reconstruisant le Parti entre 1945-1954 avec une base ouvrière arabisée, en combattant les éléments de division entre travailleurs, le racisme en premier lieu dans une société coloniale,  en construisant une organisation de masse et d'avant-garde, l'UJDA (la JC Algérienne) qui fut un temps la plus grande organisation de jeunesse d'Algérie, devant l'organisation de jeunesse du FLN, enfin, en donnant une perspective claire à la lutte : l'indépendance comme voie vers le socialisme.

 

Comme le disaient les camarades algériens, « pas question de remplacer des Borgeaud français (richissimes colons et propriétaires terriens) par des Borgeaud Algériens ».

 

Sur cette base claire, les communistes n'ont jamais refusé les rassemblements les plus larges mais ils ont toujours refusé de se dissoudre, lorsque le FLN l'a exigé lors de la guerre.

 

Oui, les communistes français peuvent être fiers de leur action. Aucun autre parti n'a mené, de bout en bout, en France la lutte pour la paix en Algérie et l'indépendance comme le PCF l'a fait. Combien de fois l'Humanité a-t-elle été saisie parce que, comme Alger Républicain en Algérie, elle était le journal qui disait toute la vérité ? Le combat anticolonialiste du PCF fut une prise de conscience et un déclencheur de l'engagement pour nombre de jeunes. Henri a rappelé les années de prison des camarades, soutenus par le PCF, qui ont refusé de prendre les armes.

 

Dans sa recherche d’une union de la gauche en France favorable aux travailleurs, dont les conditions existaient, le PCF a brièvement soutenu en 1956 le socialiste Guy Mollet qui devait aussitôt renier ses promesses de négociations pour la paix avec les indépendantistes. Ce qui a été analysé comme une erreur n’a rien changé à l’engagement du PCF pour la paix en Algérie.

 

Et des leçons, les communistes n'en ont pas à recevoir. Surtout des socialistes. Quand on pense que le ministre de l'intérieur lors des événements de Sétif en mai 1945 était un socialiste (Texier), que Guy Mollet fut celui qui a lancé la répression euphémisée en « politique de pacification », que François Mitterrand est celui qui disait « l'Algérie, c'est la France » et ajoutait que la souveraineté de la France ne se remettait en question « des Flandres au Congo, du Sénégal au Soudan ». Les socialistes ont été au cœur de la répression coloniale.

 

Au-delà de l'histoire, c'est toute l'actualité de l'organisation communiste qui resurgit en cette année 2011, qui fut le théâtre de mouvements de contestation à potentialités révolutionnaires, dans le monde Arabe notamment, mais aussi d'une reprise en main par les forces dominantes, par les bourgeoisies compradores et l'impérialisme. La leçon de ces « révolutions confisquées » n'est-elle pas à trouver dans l'absence d'organisation révolutionnaire, communiste, capable de donner au mouvement à la fois une base ouvrière et une direction révolutionnaire, une perspective alternative ?

 

Après la présentation, dans le débat, les jeunes ont multiplié les questions. Henri Alleg y a répondu en alliant justesse politique et anecdotes stimulantes, précision et exhaustivité.

 

Le socialisme algérien ? Une vague aspiration politique à une société libérée de l'exploitation en Algérie, mais un flou théorique et politique au niveau des directions du FLN qui a mené à une politique au coup par coup sans cohérence et à terme à une contre-révolution libérale. Rien à voir avec la conception claire du socialisme qu'avaient les communistes algériens.

 

La construction de l'organisation communiste en Algérie ?Avant tout dans la rupture avec l'héritage socialiste de la SFIO, ce vieux fonds d'esprit colonial. Dans la construction de liens avec la jeunesse ouvrière et paysanne algérienne, c'était l'idée de l'UJDA : faire des communistes la force dirigeante d'un vaste mouvement anti-colonialiste.

 

Quelle organisation du Parti dans la classe ouvrière algérienne ? Les plus exploités étaient les Algériens, paysans ou ouvriers. Hélas, les européens, même progressistes, étaient privilégiés dans le système colonial. Pour le PCA, il s'agissait de se battre d'abord pour l'égalité des droits. Les communistes ne partageaient pas toutefois les conceptions d'un Franz Fanon pour qui tout travailleur européen est par nature un exploiteur et ne pouvait être anticolonialiste, et tout ouvrier algérien est par imitation un ouvrier assimilé au système. Pour les communistes, la classe ouvrière algérienne restait la classe révolutionnaire. Ce qui passait par la CGT qui organisait l'écrasante majorité des travailleurs algériens. Les communistes se sont battus pour que les Algériens puissent aussi diriger les syndicats. La force des communistes était telle que les nationalistes ont eu peur qu'ils prennent le contrôle des syndicats à la libération et ont cherché à les éliminer de l'UGTA.

 

Quels rapports avec le FLN ? Complexes. Les communistes ont toujours été les plus unitaires dans la lutte mais ont toujours refusé de dissoudre le « Parti » dans le « Front ». Pour le PCA, seuls les communistes proposaient une alternative claire, le socialisme, alors que le FLN naviguait entre socialisme et nationalisme classique. Seul le Parti pouvait organiser la lutte et orienter les travailleurs, mais cela dans une lutte plus large. On peut penser à l'acte héroïque d'Henri Maillot qui organise le détournement un camion d'armes françaises que le Parti livre ensuite à l'Armée de libération nationale comme gage de bonne foi.

 

Quelle perspective aujourd'hui en Algérie ?Le mouvement progressiste est affaibli, tout comme l'idée communiste. L'espoir peut venir de la jeunesse, qui ressent toutefois un profond dégoût pour la classe politique, mais qui manque de perspectives, d'alternative dans son combat. Les communistes sont dans une situation difficile mais les luttes sont incessantes et le pouvoir a de plus en plus de mal à les canaliser.

 

En Algérie comme en France, l'alternative aux politiques de paupérisation et de casse sociale du capital, à la politique d'asservissement des peuples de l'impérialisme, sous ses différentes formes, du colonialisme brutal à l'impérialisme moderne, passe par la reconstruction de l'organisation communiste, un processus auquel la jeunesse du 15èmeentend bien contribuer à son échelle !

Partager cet article

Commenter cet article