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Jeunesse Communiste Paris 15

L'historien américain Roger Keeran éclaire les JC du 15ème sur la liquidation de l'URSS

1 Novembre 2012 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Histoire, #Actualité

Foto0392.jpgL'historien américain Roger Keeran éclaire les JC du 15ème sur la liquidation de l'URSS

 

 

Compte-rendu pour la JC Paris 15

 

 

Une trentaine de camarades jeunes, du 15ème pour l'essentiel ainsi que de région parisienne, mais aussi moins jeunes ont répondu à l'appel de la JC et du PCF 15ème et sont venus écouter une analyse de la « chute » de l'URSS tranchant sérieusement avec l'idéologie dominante.

 

L'historien américain Roger Keeran nous a fait l'honneur d'une conférence sur son ouvrage, « Socialism betrayed », publié en 2012 chez les Editions Delga sous le titre le « Socialisme trahi ». Un ouvrage déjà traduit en six langues, en attendant la version espagnole pour l'an prochain.

 

Foto0370.jpgPrésidée par le secrétaire de la section du PCF Paris 15, animée par le secrétaire des JC du 15ème – avec l'aimable participation d'une jeune traductrice militante de la JC Lyonnaise – la conférence a débuté par un exposé de Roger Keeran, commençant par une clarification :

 

Que faut-il entendre par la « chute » de l'Union soviétique ?

 

L'auteur a rappelé les quatre caractéristiques majeures du socialisme soviétique :

 

  • la dictature du prolétariat, le pouvoir dirigeant revenant au Parti communiste, parti des ouvriers et des paysans ;

  • la propriété collective des moyens de production et des ressources naturelles, gérés dans les intérêts du peuple ;

  • la planification centralisée, l’État fixant ce qui devait être produit, comment, quelle allocation de la main d’œuvre ;

  • un État multinational, composé de 15 républiques et d'une centaine de nationalités ;

 

Au grand regret de ses détracteurs, ce système a fonctionné pendant des décennies. En 20 ans, l'URSS est passée d'un État arriéré à une des premières nations industrielles, garantissant à sa population éducation et santé gratuite, plein-emploi ou encore logements peu onéreux.

 

Sous Gorbatchev, entre 1985 et 1991, ces quatre traits du socialisme soviétique disparaissent. Comment cela fut-il possible ?

 

Roger Keeran donne trois éléments de réponse :

 

  • L'URSS n'était pas en 1985 une société en crise, elle n'était pas en récession, ne connaissait pas le chômage de masse, des protestations populaires. Selon l'histoiren d'Agostino, l'effondrement de l'URSS reste « l'histoire la plus curieuse de toute l'histoire contemporaine ». Des problèmes existaient en URSS. Le système souffrait d'une stagnation généralisée : stagnation économique avec des difficultés à introduire les innovations et à améliorer la qualité des biens, ossification du système idéologique et politique sous Brejnev. Cette politique d'immobilisme a rendu l'URSS vulnérable à la nouvelle guerre froide lancée par les États-Unis dans les années 1980. Pourtant, les perspectives existaient pour des réformes dans le sens du maintien du système socialiste. C'était le projet de Youri Andropov, qui arrive au pouvoir en 1983. Il n'aura manqué que de temps pour les mettre en œuvre. Gorbatchev a lui, dès 1986, décidé de « changer de cap », introduisant la propriété privée et démantelant la planification centralisée ;

  • L'existence sur le long-terme de tendances politiques dans le Parti communiste d'URSS, la première est la « tendance petite-bourgeoise » insistant sur la nécessité d'introduire dans le socialisme des mécanismes capitalistes : propriété privée, économie de marché avec concurrence, et les institutions politiques occidentales. Ce courant s'inscrit dans une filiation qui va de Boukharine à Gorbatchev en passant par Khroutchev. La seconde est la « tendance ouvrière », qui trace une voie vers le socialisme passant par le renforcement du Parti communiste, l'extension de la propriété collective et l'amélioration de la planification centralisée. Staline, Molotov puis Andropov incarnent ce courant politique. Ces deux tendances idéologiques ne « tombent pas du ciel ». Leur base matérielle est celle des classes qu'elles représentent : la paysannerie et la petite bourgeoisie dans le premier cas, la classe ouvrière dans le second ;

  • L'émergence d'une nouvelle base matérielle alimentant l'idéologie « petite-bourgeoise » : c'est ce qu'on appelle la « seconde économie », le développement d'une économie privée illégale en marge de la « première économie » socialisée et planifiée. Entre 1950 et 1985, l'économie privée légale n'a cessé de décliner, passant en dessous de 10% de la production dans les années 1980. Dans le même temps, les activités privées illégales se développaient. Par le vol essentiellement : vol de matériaux de construction, d'essence pour les revendre au marché noir. Ce marché lucratif n'a jamais été reconnu officiellement, dans les statistiques ou les publications gouvernementales. Seuls certains universitaires et fonctionnaires soviétiques mettaient en garde contre son développement. Naissant sous Khroutchev, il s'est développé sous Brejnev avant d'exploser sous Gorbatchev. En 1985, 25% de l'économie entrait dans cette « seconde économie », 10 à 15% de la population tirant l'essentiel de ses revenus de cette économie parallèle. Les effets étaient désastreux sur la société socialiste : découragement des travailleurs qui voyait certains outsiders dégager des profits fabuleux de la fraude, corruption des dirigeants du Parti, et surtout cette économie a posé les bases matérielles pour le développement d'une idéologie petite-bourgeoise qui s'est imposé sous Gorbatchev et a conduit à la liquidation de la « première économie » socialisée ;

 

 

Foto0383.jpgLe débat a été riche et animé, posant des questions relevant également de l'actualité de notre lutte dans nos organisations et dans la société française :

 

  • Quelles bases de classe de la liquidation de l'URSS ?

 

Keeran a rappelé le passage sous Khroutchev du « Parti de la classe ouvrière » au « Parti de l'ensemble du peuple », tendant à effacer les distinctions entre les divers types de travailleurs en URSS. Conséquence concrète, le rôle dirigeant de la classe ouvrière était remise en cause, noyé dans un « peuple » indifférencié, acquis entièrement au communisme. Dans le temps, le poids de la classe ouvrière dans les organes dirigeants du Parti et de l’État a ainsi eu tendance à diminuer.

 

  • Que dire du manque de « démocratie » en URSS ?

 

Plusieurs intervenants sont se sont succédés. Tous insistant sur la nécessité de distinguer « démocratie bourgeoise/libérale » et « démocratie ouvrière/socialiste ». Le constat d'un manque de « démocratie » dans le parti, sur le lieu de travail, dans la société soviétique est unanime. Il a pu contribuer à la fois à affaiblir l'économie soviétique et le parti communiste, le rendant vulnérables par ailleurs aux tendances opportunistes. Cela ne conduit néanmoins pas les communistes à rejoindre les critiques dominants sur les « institutions bourgeoises » qui ont prouvé toute leur réalité de classe, après la chute de l'URSS.

 

  • Quelle conclusion tirer de l'auto-liquidation du Parti et de l’État soviétique ?

 

Ce n'est pas une « révolution », un mouvement populaire qui ont renversé l'URSS mais bien un coup d’État mené par en haut par les dirigeants même du Parti communiste qui ont liquidé une société fonctionnant dans les intérêts des travailleurs pour mieux assurer leur domination de classe dans une société post-communiste. Cela sonne comme un avertissement. Comme en Italie, avec le PCI, il peut arriver qu'un Parti communiste soit dirigé par des individus ne croyant plus au communisme, et qui n'ont pas hésité – chose impensable alors – à liquider leurs propres organisations. A ceux qui se demandent pourquoi le peuple soviétique n'a pas lutté contre la liquidation de l'URSS, on peut répondre : comment résister à une contre-révolution menée par ses propres organisations ? Cela pose la question sans doute de la démocratie dans le parti, de la base de classe de ce parti mais aussi celle du rapport entre Parti et État dans les sociétés socialistes.

 

  • Doit-on revenir sur la « déstalinisation » ?

 

La question est restée ouverte. Visiblement, la déstalinisation telle qu'elle fut menée par Khroutchev a conduit à un développement d'une économie privée qui a alimenté des tendances contre-révolutionnaires. Cela veut-il pour autant dire qu'il faudrait revenir à avant 1956 ? L'hypothèse d'une « mauvaise déstalinisation » en 1956 n'exclut pas qu'il fallait une « déstalinisation » en 1956, introduisant plus de démocratie (ouvrière) dans le parti et la société, des réformes (socialistes) de l'économie centralisée.

 

Après un débat sur l'actualité américaine, où l'auteur a exprimé sa position personnelle : la nécessité pour les communistes d'adopter une position indépendante, d'exprimer leurs idées communistes et de reconstruire une vraie gauche révolutionnaire qui ne se dissolve pas dans le Parti démocrate, les participants ont continué la discussion dans une ambiance chaleureuse et fraternelle, convaincus que la lutte pour le socialisme reste une nécessité de notre temps.

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