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Jeunesse Communiste Paris 15

La « Garantie Jeunes » : le RSA-jeunes, la précarisation subventionnée par l'Union européenne, patronnée par le PS ! !

18 Décembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Entreprise

button-pes-org_FR.pngLa « Garantie Jeunes » : le RSA-jeunes : la précarisation subventionnée par l'Union européenne, patronnée par le PS !

 

Article pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/

 

Valls présente cette mesure comme un cadeau : la « Garantie jeunes », soutenue par l'UE. Une 'allocation minimale' pour les jeunes précaires, conditionnée à un parcours 'sécurisé d'emploi et de formation'. Dénonçons cette nouvelle forme de précarisation de la jeunesse.

 

Lors de son discours de politique générale, le 16 septembre 2014, Valls a évoqué la « garantie jeunes » pour se donner une caution sociale : « Quand nous créons les emplois d’avenir et une‘ garantie jeunes‘ pour aider à débuter dans la vie, nous ne faisons pas de l’austérité ».

 

Elle est testée depuis la rentrée de septembre 2013, sur 10 000 jeunes, dans 10 territoires dont la métropole de Marseille et la communauté d'agglomération de Seine-Saint-Denis « Est Ensemble » (Romainville, Bagnolet, Bobigny, Bondy, Les Lilas, Montreuil, Noisy-le-Sec, Pantin).

 

434 € par mois pour 100 000 jeunes : le RSA élargi 

 

La proposition de Valls, une allocation minimale de 434 € par mois – 15 % de moins que l'actuel RSA – qui serait élargi à tout jeune de 18 à 25 ans, caractérisé par sa sortie du monde des études ou/et du travail, les « NEET » (Ni Etudiant, ni Employé, ni Stagiaires/Training).

 

Le gouvernement promet un plan ambitieux. De 10 000 jeunes, on passerait à 50 000 en 2015, puis 100 000 en 2017. L'Etat y consacrerait 400 millions d'euros par an en 2017.

 

La droite crie à l' « assistanat », à une « allocation minimale universelle ». Pas du tout dit le PS.

 

C'est « donnant-donnant ». Chaque jeune accepte un contrat d'un an où il doit suivre des formations au plus près des besoins des employeurs, des stages et missions en entreprise, il doit pointer aux organismes publics chaque semaine pour montrer sa volonté de se réinsérer.

 

C'est ce qu'imposèrent Clinton aux Etats-unis, Blair en Grande-Bretagne dans les années 1990, le passage du « welfare » au « workfare ». Il faut désormais travailler pour avoir droit à une allocation minimale, un tiers de SMIC : une exploitation déguisée, un semi-esclavage légalisé.

 

Non plus un droit universel à l'allocation en fonction des besoins des usagers, mais un cadeau gouvernemental conditionné à des conditions de ressource (« être dans la grande précarité ») et aux besoins des employeurs.

 

C'était déjà le sens du passage du RMI au RSA en 2008, par Sarkozy, obligeant à travailler pour ce revenu minimal, à accepter n'importe quelle offre d'emploi au risque de radiation. Le dispositif avait été élargi en droit (mais pas de fait) aux jeunes de moins de 25 ans en 2010.

 

La « garantie jeunes », c'est un RSA jeunes. Le complément des « emplois aidés » dont la dernière version sont les « emplois d'avenir » qui se développent notamment dans le secteur public et associatif, ces contrats précaires, subventionnés par l’Etat, sans avenir.

 

La « garantie jeunes » est une nouvelle mouture des projets de la droite : le CIVIS (Contrat d'insertion dans la vie sociale) en 2003, le RCA (Revenu contractualisé d'autonomie) en 2010 qui proposaient une allocation de 250 à 450 € en échange d'une réinsertion dans le monde du travail.

 

Aujourd'hui, le bilan de ces deux dispositifs est négatif. Les agents du Pôle emploi, les chercheurs notent qu'à peine ¼ de ses contrats débouchent sur un contrat de travail durable. La plupart finissent en « emplois d'avenir » sans avenir, en contrat courte durée chez McDonald.

 

La « garantie jeunes » vise à réinsérer les jeunes dans une logique capitaliste implacable : celle du travail salarié sur-exploité, de la mise sous dépendance des employeurs, de l'invasion de la marchandisation, de la mise en concurrence jusque dans le secteur public et associatif.

 

Ainsi, le gouvernement note que les entreprises proposeront aux jeunes « des mises en situations professionnelles (stages, immersions, contrats de travail) », pour « enrichir leur expérience » et « développer leurs compétences » !

 

L'UE anti-sociale veut imposer un modèle européen de précarisation

 

La deuxième idée derrière cette « Garantie jeunes », c'est de nous la faire passer comme un cadeau de l'Union européenne, qui promet de financer jusqu'à 50 % de l'aide en 2017. L'UE consacrera en France 600 millions d'euros à cette « Initiative européenne pour la jeunesse » (IEJ).

 

La « garantie jeunes » (Youth guarantee) est la pierre angulaire de cette IEJ. C'est un projet concocté par le Parti socialiste européen (PSE) qui l'a adopté en février 2012. La Confédération européenne des syndicats (CES) l'a jugé positive en 2013.

 

La Commission européenne, dans son Mémo du 8 octobre 2014 explique la réforme. Elle s'appuoe sur des expériences existantes en Suède, Danemark, Allemagne, et prend en exemple une variante appliquée en Finlande en 2011. Mais la France doit être le laboratoire de la « Garantie jeunesse » :

 

« Cette offre doit consister en un emploi, un apprentissage, un stage ou une formation continue et être adaptée aux besoins et à la situation de chacun. ». On est loin d'une allocation désintéressée.

 

La Commission est claire, cette Garantie jeunes doit s'accompagner de trois choses :

 

        (1) un préalable aux « réformes structurelles » de l'éducation supérieure, de la formation technique pour développer les « compétences recherchées par les employeurs », d'améliorer « le passage de l’école au monde du travail et l’employabilité des jeunes » ;

 

        (2) une flexiblisation des conditions d'embauche des jeunes  « identifier et remettre en activité les jeunes les plus éloignés du marché du travail, les NEET » ;

 

        (3) cette Garantie constitue une aide indirecte aux entreprises car « si les entreprises ne peuvent engager davantage de jeunes, c'est que ces derniers n’ont pas les compétences et l’expérience requises par celles-ci ». C'est le but de la Garantie jeunes, qui vise aussi à « mettre en place des subventions à l’embauche pour les jeunes et des réformes structurelles visant à améliorer les systèmes de formation, d’enseignement et de recherche d’emploi ».

 

On voit que ce plan est tout sauf innocent. Il vise à imposer des « réformes structurelles » qui vont mettre l'enseignement supérieur, la formation professionnelle, les agences pour l'emploi sous la tutelle de la logique d'employabilité au profit des entreprises, de baisse du  coût des travailleurs.

 

L'Union européenne le présente d'ailleurs cyniquement : c'est un investissement capitaliste. Elle estime la généralisation de ce plan à 22 milliards d'euros. Or, pour elle, les jeunes sans emploi ni formation lui coûtent 7 fois plus cher : 153 milliards par an en allocation, perte d'impôts.

 

L'UE vante les modèles étrangers. Le précurseur est la Finlande qui applique une forme de « garantie jeunes » depuis 2011. Le résultat n'est pas convaincant : parmi les 18-25 ans, la Finlande compte 20 % de chômeurs (23 % en France), et surtout 27 % de jeunes pauvres (24 % en France). Un bénéfice peu évident, pour une telle précarisation de la jeunesse.

 

Au Danemark, c'est la « flexsécurité » : la précarisation de tous les salariés, encadrée par des dispositifs de formation payés par l’État qui traque les chômeurs. Une sorte de « garantie-jeunes » pour tous.

 

Le chômage a bien baissé à 12,5 % chez les jeunes, mais le Danemark est le pays qui compte le plus de pauvres parmi les 18-25 ans : 39 % des jeunes sont pauvres !

 

En Allemagne, c'est guère mieux, avec les lois « Hartz IV » imposées sous le socialiste Schroder au début des années 2000. 7 millions de personnes – dont beaucoup de jeunes – deviennent des Hartzi payés 350 € par mois, contraints d'accepter tout emploi, même les « mini-jobs » à 1 € de l'heure.

 

Résultat : si le taux de chômage des jeunes est le plus bas d'Europe (7 %), le taux de pauvreté reste très élevé, 20 %. Et désormais, 15 % des nouvelles embauches se dont en CDI, le reste en CDD (43 %) ou intérim (42 %).

 

« Allocation d'autonomie », « sécurité-emploi-formation : une critique à entamer

 

La capacité du gouvernement socialiste, de l'Union européenne, du patronat à récupérer des revendications qui semblent progressistes pour nous imposer une logique de précarisation incite à aiguiser son analyse critique, à préciser nos revendications.

 

« Allocation universelle d'autonomie » ? C'est en se nichant dans cette idée que le gouvernement parvient à imposer sa Garantie Jeunes permettant une « autonomie » (limitée) pour le jeune, l'encourageant à étudier, se former, travailler.

 

Ainsi, le gouvernement sur sa page web souligne que la Garantie Jeunes constitue « un engagement du jeune à aller vers l’autonomie en construisant avec son conseiller un parcours intensif d’accès à l’emploi et à la formation. »

 

« Autonomie » suppose maintien, renforcement d'une dépendance, celle du salariat, de l'exploitation, de la paupérisation. Ce n'est pas un hasard si la Garantie se superpose au Revenu contractualisé d'autonomie (RCA) de la droite.

 

Ce que le patronat, l'Etat veulent aider, c'est que les « NEET » (jeunes ni dans le système d'études ni d'emploi) échappent à la logique marchande, salariale. Ils sont entre 1 et 2 millions en France.

 

Au Japon, les NEET sont devenus un mouvement social alternatif, mais ambigu, refusant l'hyper-exploitation, le travail forcé/consenti conduisant à la mort par épuisement (« Karoshi »). Il s’agit d’éviter un tel phénomène de masse, aussi impuissant soit-il à changer la société.

 

« Sécurité-emploi-formation » ? C'est exactement ainsi que l'UE présente son projet, c'est ainsi que le Danemark a imposé sa flexsécurité, que le gouvernement français justifie la mesure.

 

Ainsi, sur le site gouvernemental, il y est précisé que la Garantie jeunes constitue : (1) « un accompagnement des jeunes permettant l'accès à une pluralité d'expériences professionnelles (= emploi actuel) et de formations, en vue de construire ou de consolider un projet professionnel (= emploi futur) » ; (2) « une garantie ( = sécurité) de ressources via le versement d'une allocation d'un montant mensuel de 433,75 euros ».

 

Dans le discours, le salarié a la sécurité, celle de toujours être soit en emploi soit en formation. Dans la réalité, c'est l'entreprise qui a la sécurité de toujours avoir une main d'oeuvre flexible, employable et licenciable à merci, formée en fonction des besoins du marché du travail.

 

Ce n'est pas du tout ce qu'on veut, ce qu'on veut:

 

        un emploi stable pour tous, la défense du CDI à temps plein et du statut de fonctionnaire ;

 

        le SMIC pour tous, pas de demi-SMIC déguisé ;

 

        le droit à des allocations sociales universelles, pas de travail déguisé en aides conditionnées ;

 

Que 2015 soit l’année de la lutte contre ce que le gouvernement, le MEDEF veulent pour nous : une « génération précaire » payée 450 €. Stages, emplois d’avenir, garantie-jeunes, disons Non à toutes ces formes de précarisation et d’exploitation qui ne disent pas leur nom !

 

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