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Jeunesse Communiste Paris 15

La plus grande grève de l'histoire universitaire Brésilienne continue contre la précarisation de la carrière des enseignants et contre la casse de l'éducation publique

8 Août 2012 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Solidarité internationale

mapa.pngLa plus grande grève de l'histoire universitaire Brésilienne continue contre la précarisation de la carrière des enseignants et contre la casse de l'éducation publique


Article AC pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

Depuis le 17 mai, et le lancement par le syndicat des enseignants du supérieur ANDES de la grève, plus de 143 000 professeurs et membres du personnel universitaire ont rejoint la grève. 57 universités fédérales sur 59, soit 95% des établissements publics sont paralysés par la grève.

 

Ce qui représente déjà la plus grande grève de l'histoire universitaire brésilienne a pu par ailleurs compter sur le ralliement du personnel technique et administratif avec son syndicat FASUBRA, mais aussi du soutien du syndicat étudiant, l'UNE, avec une grève étudiante suivie dans plus de la moitié des établissements.

 

Des revendications enseignantes légitimes : contre la précarisation et le 'salaire minimum' à 600 €

 

En cause tout d'abord, la dégradation de la condition d'enseignant universitaire. Sans garantie de progression, les professeurs commencent leur carrière avec un plancher de 1 500 reais soit... 600 euros.

 

Bloqués dans des statuts de professeur auxiliaire, adjoint, assistant, les jeunes enseignants sont condamnés à une précarisation permanente, ne leur offrant qu'une paie inférieure à celle d'un modeste agent de la circulation de la police fédérale.

 

Les enseignants exigent comme base de discussion une restructuration de leur plan de carrière avec 12 échelons, une augmentation de salaires de 5% entre chaque palier. Et un plancher minimum relevé à 2 300 reais (920 euros) au lieu de 1 500 actuellement.

 

Les professeurs réclament également une hausse de salaire immédiate de 22%, couvrant l'inflation entre mai 2010 et mai 2012, alors que le gouvernement ne leur propose, après négociations, encore que 4%.

 

Mais la colère des enseignants, du personne et des étudiants va au-delà de simples revendications matérielles. Elle repose sur la critique d'une politique délibérée du gouvernement PT de Lula/Dilma, de sous-investissement dans les universités publiques, et de soutien direct ou indirect aux établissements privés.

 

On manque de tout, de professeurs, de livres, de logements et... jusqu'au papier toilette !

 

L'état de l'enseignement supérieur public se dégrade dans un pays où l'éducation est loin d'être encore un droit universel. 15 millions de brésiliens sont analphabètes, 4 millions d'enfants (entre 4 et 17 ans) n'étaient pas scolarisés en 2010.

 

Dans ce contexte particulier, l'université est traditionnellement réservée aux enfants des couches moyennes et supérieures. Une dynamique récemment infléchie par l'explosion du nombre d'étudiants, de 3 millions en 2000 à près de 6 millions en 2012.

 

Or, pour cette nouvelle population étudiante issue de couches plus modestes, l'accès aux plus grandes universités qu'elles soient publiques (Université fédérale de Sao Paulo, de Rio) ou privées (les instituts catholiques) reste proscrit, moins pour des raisons financières qu'au vu du niveau d'exigence académique de cette petite minorité d'établissements.

 

De fait, ces nouveaux étudiants sont dirigés vers le reste des universités publiques moins prestigieuses, et surtout vers le secteur en pleine expansion des facultés privées à but lucratif.

 

La grève porte cette critique d'une politique volontaire de sous-investissement du gouvernement de « gauche ». L'objectif affiché du gouvernement était de porter le budget de l'éducation à 10% du PIB, il est encore inférieur à 5%.

 

Alors que le nombre d'étudiants a quasiment doublé dans le secteur public en dix ans, de 900 000 à 1,6 millions, les moyens donnés aux universités fédérales n'ont pas progressé dans les mêmes proportions.

 

Le programme ambitieux REUNI (Restructuration et expansion des universités fédérales) était censé favoriser l'émergence de nouveaux pôles universitaires publiques. Elle n'a contribué qu'à renforcer les inégalités entre établissements, et à niveler vers le bas le niveau général, faute d'investissements dans les infrastructures et de personnel qualifié.

 

Les conditions de travail se dégradent, les cours sont bondés faute de professeurs. Il y a pénurie de tout : de laboratoires, de bibliothèques, de restaurants universitaires, de logements étudiants et même d'eau et de papier toilette !

 

Un exode des étudiants vers les universités privées encouragé et financé par le gouvernement de « gauche »

 

Face à la dégradation des conditions d'étude dans le public, les étudiants fuient vers le privé. 75% des étudiants, soit 4 millions d'entre eux, sont scolarisés dans des Instituts privés, dans près de 2 000 établissements à fin lucrative. Entre 2000 et 2012, 3 millions de nouveaux étudiants ont rejoint l'enseignement supérieur privé.

 

Non-content de favoriser indirectement l'exode des étudiants du public vers le privé, le gouvernement subventionne directement les étudiants choisissant, un choix souvent contraint, d'étudier dans le privé.

 

Héritant de dispositifs des gouvernements néo-libéraux précédents (mécanisme FIES), le gouvernement Lula a créé en 2005 le dispositif ProUni, des bourses sociales et au mérite concédées en 2010 à 200 000 étudiants scolarisés dans le privé.

 

Derrière une façade sociale, le gouvernement PT favorise donc l'exode des étudiants vers le privé, et encourage la hausse de frais d'inscription couverte par les bourses publiques.

 

Face à un gouvernement « de gauche », qui avait soulevé des espoirs lors de l'arrivée au pouvoir de l'ancien dirigeant syndical Lula en 2002 mais qui les a vite trahis pour s'inscrire dans la continuité des gouvernements libéraux précédents, la colère gronde dans les universités brésiliennes, mais aussi dans l'ensemble de la fonction publique et dans la classe ouvrière.

 

Comme au Brésil, en Colombie ou au Québec, étudiants et professeurs sont unis pour dire non à la privatisation des universités, et oui à une éducation publique, gratuite et de qualité accessible à tous !

 

 

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clovis simard 24/10/2012 00:42

Voir Blog(fermaton.over-blog.com)No.23. - THÉORÈME GOMERY. - La loi de la Corruption.