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Jeunesse Communiste Paris 15

La « refondation de l'école », c'est la destruction de notre Education nationale : casse du savoir, du statut, du service public: pas question !

20 Février 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Education, #Entreprise

LYCEE-EN-DANGER-small.jpgLa « refondation de l'école » ...

 

cela passe par la destruction de notre Education nationale

 

Casse du savoir, du statut, du service public: pas question !

 

Article et tract (diffusé dans les IUFM-ESPE) pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

 

Au quotidien, on subit la dégradation de nos conditions d'enseignement : classes sur-chargées, baisse du niveau général, formation inadéquate. D'où vient le mal ? Pourquoi ce système « refondé » à la Libération sur la base de la démocratisation du savoir, d'un service public national est en difficulté aujourd'hui ?

 

Pour nous, le problème c'est le manque de moyens avec les 100 000 postes de profs supprimés depuis dix ans, d'une dévalorisation du savoir déconstruit dans nos pratiques d'enseignement, d'un déficit de formation de qualité. On souffre de pas assez d' « Education nationale ».

 

Pour le ministère, avec sa « Loi de refondation », c'est le système qui est en cause. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. On souffrirait donc de trop d'Education nationale, il faudrait donc casser le savoir, le statut des professeurs, le service public même.

 

Casse du statut : la mise en concurrence des profs les uns contre les autres !

 

Le gouvernement avait promis 60 000 embauches sur 5 ans … finalement ce sera 20 000 profs titulaires, dont 7 000 en collège-lycée privé comme public. Surtout, le gouvernement met en concurrence les « statutaires » et « contractuels » qui représentent déjà 20 % des enseignants :

 

  • avec les « stagiaires-contractuels », plusieurs milliers de profs recrutés entre les écrits et les oraux du CAPES sous contrat de droit privé, à 500 € pour « se former ». Une formation pour être enseignant « low-cost » puisque le recrutement est considéré acté à bac + 4, échelon 1, donc avec une perte de 250 € de salaire à la titularisation !

     

  • avec les « emplois d'avenir professeurs », soi-disant comme pré-recrutement, une « bourse d'études » en fait un vrai recrutement en CDD déguisé, à 600 €. Ils étaient 6 000 en 2013, ils seront 12 000 en 2014, 18 000 en 2015, 15 fois plus que le recrutement de profs titulaires !

 

Pour les jeunes « contractuels », c'est la galère du sous-contrat, sous-payé, sans garanties. Pour les jeunes « titulaires » en TZR, ce sont des postes bloqués, donc des remplacements galère en courte suppléance, aux distances interminables, parfois sur plusieurs établissements.

 

Pour nous tous, jeunes entrants dans le métier, galère et rancœur. Attention, dans les services publics privatisés, la casse a commencé comme cela : par la mise en concurrence entre « statutaires » et « contractuels » !

 

Casse du savoir : les ESPE pour la formation d' « animateurs pédagogiques »

 

On vient chaque matin avec la rage à l'IUFM, face à des méthodes « innovantes » inapplicables, l'inexistence d'une formation théorique de qualité, l'absence d'aide concrète face aux problèmes rencontrés en classe. Même nos formateurs, parmi ceux dévoués, semblent dépassés.

 

Le danger, c'est la remise en cause de la « démocratisation du savoir », issue des Lumières, de la Révolution, de la Libération au nom du « socle des compétences », clés en main pour les entreprises.L'indépendance cède face à l'autonomie, l'esprit critique face à l'esprit d'initiative !

 

Les nouvelles ESPE en seront les pilote. Rattachées aux universités autonomes, elles vont encadrer un « Master professionnel », donnant une formation « pédagogique », « pratique » « trans-disciplinaire » dissociée du « Master recherche » : « disciplinaire » et « théorique ».

 

C'est la casse du savoir disciplinaire, du contenu, devenu superflu, au nom de la forme, du pédagogisme. C'est la casse du « savoir » détenu par le professeur, artisan de son métier devenu ouvrier qualifié, intellectuel-cadre devenu exécutant d'une pratique conçue par des « experts de l'éducation » !

 

Dans cette casse du savoir, la Loi insiste lourdement sur les « savoir-faire », « compétences » les plus utiles dans l'économie de la connaissance : la communication dans une langue étrangère (anglais évidemment), la maîtrise de l'outil informatique devenu omniprésent dans notre pratique.

 

Le numérique devient le Cheval de Troie de la destruction du métier. On connaît les TNI inutiles et coûteux (2 000 € pièce, sans compter la maintenance!). Maintenant, ce sont les « cours en ligne ». L'idéal du prof exécutant, animateur en classe, déjà expérimenté en langues, ça approche !

 

Casse du service public : des lycées autonomes au service des entreprises

 

Peillon avait promis d'introduire « l'entreprise à l'école », ce que même Sarkozy n'a pas osé faire. Dans la loi, l'entreprise est partout jusque dans la mise à disposition des locaux scolaires pour les entreprises, l'intervention de personnalités du « monde de l'entreprise » dans nos écoles.

 

Dès 2015, les collégiens auront un « parcours de découverte du monde économique » poursuivi au lycée (avec le stage en entreprise généralisé en fin de seconde) avec « intervention de professionnels en classe, visites, stages et découverte des métiers et de l'entreprise, en lien avec les régions, projets pour développer l'esprit d'initiative et d'entreprise ».

 

Le nouveau « Service public de l'orientation » sera transféré aux Régions dans cette perspective : placer l'orientation sous la tutelle des entreprises locales, des besoins de l'économie régionale.

 

Sur l'autonomie des lycées, on connaît l'expérience désastreuse des universités. En instaurant le parcours « Bac – 3 /Bac + 3 », le gouvernement tente à la fois de rabaisser le niveau de la fac au « socle des compétences » du secondaire mais aussi de mettre les lycées sous la dépendance des « universités autonomes »/ « pôles d'excellence », dont les ESPE sont la maquette.

 

Le gouvernement avance prudemment sur l'autonomie. Pour l'instant, on parle de « dispositifs pédagogiques innovants », de « projets territoriaux » en collaboration avec les collectivités et les associations, d' « examens locaux » (déjà Histoire des Arts), le tout chapeauté par les lycées.

 

Casse de l'esprit critique : le cathéchisme de l'idéologie dominante !

 

Même sur une loi de cadrage, l'idéologie dominante est omniprésente. Ce que Peillon appelle la « morale laïque » : obéir à l’État sans critique, croire à l'idéologie du « développement durable » (« être éco-responsable », « être austère dans sa consommation » etc.), respecter la « propriété » (intellectuelle), se battre pour être « compétitif » dans la mondialisation.

 

Le paquet est mis sur la défense de l'Union européenne pourtant discréditée depuis le Non à la Constitution de 2005, les politiques d'austérité barbares imposées depuis 2008.

 

La Loi veut « favoriser l'intégration des citoyens français dans l'espace politique européen, rendre possible la mobilité professionnelle dans l'espace économique européen » et « promouvoir l'initiative visant à développer un esprit européen ».

 

Une éducation nationale publique au service de l'Europe du capital !

 

Nous, profs d'histoire, de SES, savons bien le bourrage de crâne entrepris depuis une décennie pour imposer la loi du marché comme naturelle, le libéralisme comme seul horizon de pensée, la construction européenne comme une nécessité historique bénéfique, le communisme et la révolution comme le mal absolu (voire le fascisme comme moindre mal!).

 

C'est quoi l'objectif de cette loi de « refondation » ?

Détruire l'Education nationale pour fonder autre chose !

 

Pour comprendre le programme de Peillon, il suffit de le lire dans le rapport de la Cour des comptes de mai 2013 dont Peillon dit « partager les conclusions ». C'est l'horizon de la ligne « Education et formation 2020 », défendue par la Commission européenne, endossée par la loi de Refondation.

 

La Cour des comptes fait un constat non sans fondement : renforcement des inégalités sociales et territoriales, jeunes professeurs soumis à des conditions de travail inhumaines, baisse du niveau général d'éducation. De ce constat, il tire une conclusion, il faut liquider l'Education nationale :

 

  • par la casse du statut de fonctionnaire : l' « enseignant-préparateur » deviendrait « répétiteur-exécutant » forcément polyvalent, animateur de cours. On en revient aux anciens « PEGC » sous-payés et sous-statutaires. Donc on pourrait nous enlever de notre statut les heures de préparation de cours (qui expliquent que l'on fasse 15 ou 18 heures en classe) et les remplacer par des heures de cours, on peut rajouter des missions (orientation, surveillance, réunions, projets pédagogiques) à remplir … dans les 35 heures réglementaires.

     

  • par l'autonomie des lycées et la régionalisation de l'Education : les profs seraient sous la patte de « chefs d'établissements-patrons » en charge d'évaluer, de fliquer, de recruter les personnels, gérés par les Régions : ce qui va renforcer les inégalités entre établissements, précariser encore plus les personnels enseignants. Pour voir les effets désastreux de l'autonomie, il suffit de voir les facultés, ceux de la régionalisation, voir le statut des personnels non-enseignants au lycée !

 

Le rapport de la Cour des comptes est totalement biaisé. Il prétend que les profs coûtent trop cher, la gestion nationale et publique source d'inefficacité … mais ce sont les coupes dans notre éducation, l'introduction des nouvelles pédagogies qui sont la cause de ces problèmes !

 

Que le ministre Peillon puisse déclarer patager ces conclusions en dit long. « Refonder », cela veut dire : détruire pour reconstruire par la base. « Refonder » l'école, c'est donc détruire ce qui existe – un service public visant à démocratiser le savoir – pour reconstruire sur d'autres bases.

 

Et si on donnait sa chance à notre Education nationale, publique, gratuite, qui a fonctionné pendant des décennies sur la base du « Plan Langevin-Wallon » établi sur la base du programme du CNR, par deux grands intellectuels liés au Parti communiste :

 

Éducation publique et gratuite jusqu'à 16 ans donnant une culture générale humaniste de qualité, valorisation des sections professionnelles, classes limitées à 25, créativité pédagogique au service de la diffusion du savoir. Que ce programme est encore actuel, si on lui donnait des moyens !

 

Nos propositions sont simples :

 

  • Revalorisation du salaire des enseignants : les enseignants français sont payés 20 % de moins que la moyenne européenne (des 15), exigeons d'être remis au niveau : 20 % d'augmentation de salaire, pour un certifié, c'est 300 € de plus par mois, le minimum pour vivre à Paris !

     

  • Le statut pour tous : ce n'est pas un privilège, le statut de 1950 prévoyait des heures de préparation, de correction de copies pour un total de 40 h, un salaire valorisé, un emploi stable, ce « statut » de fonctionnaire doit être étendu à tous les contractuels !

     

  • Une éducation 100 % publique et gratuite : luttons contre toutes les tentatives d'autonomie des lycées, de régionalisation, d'introduction de l'entreprise dans l'école. L'éducation doit être publique, au service du public !

     

  • Une formation de qualité au service de notre pratique : nous avons droit à une année de formation pleine, comme avant 2008. Une formation axée sur la maîtrise d'un savoir disciplinaire d'excellence, des enjeux théoriques et pratiques de la transmission d'un savoir et liées aux conditions concrètes d'exercice de notre métier en classe ;

     

 

Encadré 1 : l'herbe n'est pas plus verte ailleurs, non !

 

A coups de tests PISA et de rapports de la Cour des comptes, on veut nous faire croire que l'éducation est forcément meilleure ailleurs. Disons-le c'est faux !

 

En Allemagne, le modèle ultime d'adéquation de l' « école au monde du travail », on a une éducation de classe. Le tronc commun dure … jusqu'à 9 ans puis c'est l'orientation entre filière générale menant aux métiers intellectuels (gymnasium), une filière technique inférieure, menant aux métiers d’artisans et ouvriers (hauptschule), une Filière technique supérieure, pour devenir contre-maître ou technicien (realschule). Tout est joué à l’âge de 9 ans. Refusons ce modèle éducatif!

 

En Espagne, le choix de la « régionalisation »– y compris des personnels, des programmes – a eu des conséquences désastreuses : des niveaux dramatiquement bas en espagnol, langue, science ; des inégalités considérables entre régions, lycées.

 

Au Danemark (les pays du Nord, paradis supposé des enseignants), l'autonomiedes lycées, la précarisation des personnels, les « nouvelles pédagogies » règnent. Avec des moyens bien supérieurs, moins d'élèves par classe qu'en France, les résultats des élèves sont inférieurs d'après les tests internationaux. En avril dernier, 800 000 profs se sont mis en grève pour dire stop : une première !

 

Ou alors la Corée du sud, 1 er au test PISA, un pays où l'éducation est privatisée, les universités sous la main des monopoles comme Samsung, Daewoo, les cours privés sont un commerce florissant, la compétition entre élèves féroce. Résultat : les élèves sont malheureux, épuisés, surtout incapables de faire preuve de réflexion.

 

Chaque pays a sa tradition éducative, la nôtre n'est pas inférieure à celle des autres pays. Elle a formé des élites scientifiques, culturelles, techniques mais aussi un peuple avec une solide culture générale, un esprit critique. Pourquoi ne pas donner les moyens à cette éducation de fonctionner ?

 

Encadré 2 : un problème de moyens pour faire fonctionner notre éducation, oui !

 

Selon la Cour des Comptes, l'éducation en France coûte trop cher par rapport à nos voisins. Pourtant depuis 15 ans, les dépenses d'éducation (en % du PIB) ont baissé de 3 % en France, elles ont augmenté de 15 % dans l'OCDE (regroupant les économies les plus développées)

 

La France dépense en moyenne 8 000 $ par élève. Sur 14 pays développés (Europe de l'Ouest, Amérique du nord, Japon), la France est dernière (14 ème) pour les dépenses en primaire.

 

Parmi ces 14 pays, selon le test PISA, la France est 10 ème en math, 7 ème en langue, 8 ème en sciences. On dépense beaucoup moins pour des résultats dans la moyenne, qui a dit échec ?

 

Quelques chiffres concrets :

 

  • le salaire des enseignants français est largement inférieur à celui de nos voisins européens :

     

1 – Luxembourg : 4 400 € par mois (prof de collège en début de carrière)

2 – Allemagne : 3 000 € par mois ;

3 – Espagne/Danemark/Pays-Bas : 2 300 € par mois ;

6 – Autriche/Irlande/Finlande : 2 000 € par mois ;

9 – Grande-Bretagne : 1 900 € par mois ;

10 – Italie/Suède/Belgique : 1 800 € par mois ;

13 – France : 1 600 € par mois ;

14 – Grèce : 1 500 € par mois ;

15 – Portugal : 1 300 € par mois ;

 

  • la France est un des pays qui compte le plus d'élèves par classe – pour un élève de 15 ans :

 

1 – France : 29 élèves

2 – Royaume-Uni : 27

3 – Allemagne : 26

4 – Pays-Bas : 25

5 – Irlande/Portugal : 24

7 – Grèce/Espagne : 23

9 – Luxembourg/Autriche : 22

11 – Suède/Italie : 21

13 – Danemark/Finlande : 20

 

15 – Belgique : 19

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