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Jeunesse Communiste Paris 15

Le gouvernement a coupé 500 millions d'€ cette année aux universités : il ne nous a pas fait de cadeau en 2014 !

15 Décembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Education

universites-colere.jpgLe gouvernement a coupé 500 millions d'€ cette année aux universités : il ne nous a pas fait de cadeau en 2014 !

 

Article pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/

 

Le gouvernement prétend faire un cadeau en rétablissant les 70 millions d'€ qu'il avait supprimés en novembre. Je te redonne d'une main ce que je t'ai pris de l'autre. Et j'en profite pour te faire les poches car le budget de l'Education supérieure a été sabré en 2014.

 

La manifestation du jeudi 11 décembre a rassemblé 3 000 enseignants, chercheurs, étudiants en colère face aux coupes dans l'université publique. Le lendemain, Hollande prétend annoncer un cadeau de Noël : il rétablit 70 millions d'€ au budget des universités.

 

On atteint le comble du cynisme. Disons-le haut et fort, ceci n'est pas un cadeau. Au mieux, un jeu de bonneteau. Ces 70 millions d'euros de crédits, c'est ceux que le gouvernement avait supprimé le 18 novembre, par un amendement tardif à la Loi de finances 2015.

 

Or, dans cet amendement, il était prévu une coupe de 136 millions d'euros de crédits pour l'Enseignement supérieur et la recherche (ESR). Pour l'instant, le gouvernement n'a fait aucune annonce sur le rétablissement des 66 millions d'euros restants.

 

Surtout, ces effets d'annonce, ces jeux de comptabilité masquent l'essentiel : en 2014, les crédits publics finalement accordés à l'ESR ont été nettement en baisse. L'année de 2015 verra aussi une nouvelle baisse dans la dotation initiale des universités, de la recherche publiques.

 

70 millions de cadeaux ? Non, 500 millions de coupes en 2014 !

 

Sortons la calculette : le gouvernement avait annoncé dans sa Loi de finances initiale (LFI) un budget de 26 milliards d'euros pour l'Enseignement supérieur et la recherche.

 

Sauf que chaque Loi de finances est toujours amendée, « rectifiée » dans l'année, les Lois de finance rectificatives (LFR). Elles enregistrent soit des extensions de crédits, soit des suppressions de crédits.

 

Il y a eu deux LFR en 2014, une en juin, une autre en décembre.

 

En juin 2014, la LFR 1 a acté la suppression de 400 millions de crédits de paiement. Dont 110 millions pour la recherche scientifique, 60 millions pour les formations supérieures ou encore 30 millions pour les recherches sur l'énergie et le développement durable.

 

La LFR 2 a, elle – si on fait le solde entre les crédits supprimés (260 millions), et certaines extensions budgétaires (100 millions) – encore supprimé 160 millions d'euros de crédits.

 

Si on compare les crédits promis dans la LFI 2014 (26 milliards d'euros) et ceux réellement alloués après les deux LFR (25 milliards 440 millions), on note la différence : 550 millions d'euros ont été effectivement amputés à l'université et à la recherche publiques en 2014.

 

Et le projet de Loi des finances initiales 2015 du 18 novembre – même avec le numéro de bonneteau du gouvernement – va acter cette austérité pour 2015 : avec des crédits de 25 milliards 846 millions, on est bien à 160 millions d'euros en dessous de la dotation initiale de 2014.

 

Mais comme nous l'avons déjà dit, les 70 millions rétablis laissent un trou de 65 millions d'euros. Ils n'empêcheront pas le gouvernement de retirer des centaines de millions de crédits dans l'année.

 

Le gel des budgets ne permettra pas non plus de couvrir des dépenses mécaniques en hausse, en termes de masse salariale. La seule façon de faire masse pour les universités sera de ne pas recruter des personnels, de rogner sur les dépenses de fonctionnement, sur l'offre de cours.

 

500 millions de coupes, mais 6 milliards de crédits d'impôt pour les entreprises !

 

Oui, mais les caisses sont vides, prétend le gouvernement. La réalité est tout autre. Ce qu'ils retirent aux universités et à la recherche publique, ils le donnent directement aux grandes entreprises par le Crédit d'impôt recherche (CIR).

 

Avec la réforme du CIR en 2008, l’État accorde chaque année de 6 à 7 milliards d'euros de baisses d'impôts aux entreprises qui déduisent leurs dépenses privées de Recherche et développement (RD) des impôts qu'elles doivent payer : 30 % de baisses d'impôt jusqu'à 100 millions d'€, 5 % au-delà.

 

Le montant du CIR a augmenté par 600 % depuis 2008, par contre l'emploi dans la recherche privée a baissé de 11 %. Ce CIR qui était censé être un coup de pouce aux PME est en fait concentré à 75 % par les grandes entreprises.

 

SANOFI a ainsi reçu 125 millions au titre du CIR en 2013, il vient de verser 3 milliards de dividendes à ces actionnaires. Le groupe SANOFI a viré 4 000 chercheurs en sept ans, il envisage un « plan social » qui toucherait 1 800 chercheurs en 2015.

 

Moins d'argent pour la recherche publique, plus pour la recherche privée. Ou plus d'argent pour une recherche publique au service des entreprises privées.

 

C'est la logique des Initiatives d'Excellence (IDEX) lanceés par Sarkozy en 2008, relancée en 2014 par le gouvernement PS avec les Investissements d'Avenir (IA) : des financements sur projets, faisant converger pôles de recherche publics et grands groupes privés autour de PPP (Partenariat public-privé), dessinés en fonction de besoins privés, d'intérêts particuliers.

 

La première version en 2011 a délivré 6 milliards d'euros, la seconde en 2015 accordera 3 milliards d'euros qui se partageront entre quelques labos de recherches, pôles d'innovation public/privé. Qui dit qu'il n'y a pas d'argent pour la recherche publique ?

 

Remettre l'autonomie en cause, la LRU, la Loi Fioraso responsables !

 

C'était ce que prévoyait la Loi Fioraso en 2013, le « plus » qu'elle apportait par rapport à la Loi LRU de 2008 : « le transfert des résultats de la recherche publique vers le monde économique ». Recherche publique, profits privés !

 

On l'avait dénoncé, la pseudo-autonomie accordée aux universités était une manière de mettre en faillite les universités publiques, pour mieux les regrouper et casser l'offre de cours, hausser les frais et renforcer la sélection à l'entrée, enfin introduire le financement privé dans les facs publiques.

 

Six ans après la LRU, un an après la Loi Fioraso, on y est.

 

En 2012, un quart des universités était dans une situation financière critique. En 2014, 38 universités sur 96 (près de 40 %) ont un fonds de roulement de moins de 30 jours, seuil considéré critique pour leur sécurité financière.

 

En 2014, 14 universités (15 %) ont même un fonds de roulement de moins de 15 jours, les mettant en faillite virtuelle. C'était le cas d'aucune d'entre elle en 2010, avant l'application de la LRU.

 

Les universités publiques sont en lambeaux : les locaux ne sont pas rénovés, le chauffage coupé, les cours annulés, des formations supprimés, les enseignants vacataires de moins en moins rémunérés.

 

La course au financement devient une concurrence de tous contre tous, au détriment de la recherche scientifique pour l'intérêt de la collectivité, de l'enseignement pour les étudiants-futurs travailleurs, pour une carotte de plus en plus maigre à la fin.

 

C'était le but de la LRU, puis de la loi Fioraso. Ce n'est pas un hasard si l'université modèle de la LRU, de l'autonomie, l'Université de Versailles et Saint-Quentin en Yvelines (UVSQY) est au bord de la faillite, placée sous tutelle étatique.

 

Ironie de l'histoire ? Non, illustration de la façon dont l'autonomie soi-disant décentralisatrice conduit à un renforcement de la tutelle bureaucratique centrale !

 

Le gouvernement défend le regroupement à marche forcée des universités dans des pôles universités public/privé, les CUE ou COMUE (Communauté d'universités).

 

Il commence par la province, avec les cas de Montpellier, Marseille, Toulouse ou Strasbourg. Deux ou trois facs qui deviennent qu'une, des cours qui sautent, des antennes qui ferment.

 

Le gouvernement essaie d'imposer le regroupement de Paris 10 (Nanterre) avec Paris 8 (St-Denis).

 

Il veut faire passer le monstrueux projet d'université Paris-Saclay qui regrouperait l'UVSQY et Paris 11 (Orsay), avec 9 grandes écoles publiques (ingénérie/commerce), 8 instituts de recherche publics, en partenariat avec les centres de recherche privés de la cinquantaine de multi-nationales présentes sur le territoire, d'Alstom à Renault, d'HP à Siemens.

 

Ce qui deviendrait la plus grande université française et de loin le premier centre de recherche public en France serait, dès sa naissance, étroitement lié au sort des plus grandes entreprises multi-nationales, françaises, européennes ou américaines.

 

Elle concentrait l'essentiel des CIR, des IA, des IDEX qui coûteront en 2015 près de 10 milliards d'euros à l’État. Un Etat qui a encore supprimé 500 millions d'euros pour les universités publiques.

 

Selon les syndicats de la Recherche publique, 5 % du CIR (soit 300 millions d'euros) suffiraient pour embaucher 5 000 chercheurs à temps plein.

 

Allons plus loin, ce dispositif coûteux, inefficace, gaspilleur doit être abrogé. Si on redonnait cet argent à l’État, on pourrait à la fois proposer un plan de relance de la recherche et de l'enseignement supérieur publics, et recruter 50 000 personnels, chercheurs, enseignants, personnels d'accompagnement qui permettrait à tous les étudiants de réussir leurs études.

 

Organisons dès le début de l'année 2015 la riposte à ce gouvernement qui nous prive des moyens d'avoir une éducation publique, gratuite et de qualité. Refusons ces hypocrites effets d'annonce qui cachent de vrais mauvais coups contre les étudiants, enseignants, chercheurs !

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