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Jeunesse Communiste Paris 15

« Musique d'un pays qui a disparu, la RDA » : 25 ans après, une commémoration honnête et de qualité dans le 15 ème !

9 Novembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Histoire

rda.jpg« Musique d'un pays qui a disparu, la RDA » : 25 ans après, une commémoration honnête  et de qualité dans le 15 ème !

 

Compte-rendu pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/

 

Une initiative commune de la Mairie de Paris, de l'Institut Goethe, des églises protestantes et du Conservatoire du 15 ème sur la RDA, l'Allemagne de l'est communiste. Agréable surprise, cet hommage se révèle loin des clichés répandus dans la presse ou les manuels scolaires.

 

Il ne se passe pas une année depuis 2009 sans qu'un film sur la RDA, de qualité inégale, ne serve la propagande anti-communiste – « La vie des autres », « Barbara » maintenant « De l'autre côté du mur ».

 

Face à la crise du capitalisme, de cette Europe, d'une Allemagne où l'ostalgie (la nostalgie du communisme) reste prédominante à l'est, l'idéologie est contrainte de se raidir. Après une commémoration ratée pour les 20 ans sous la pluie, maintenant ce sont les cheminots allemands en grève depuis 4 jours qui gâchent le 25 ème anniversaire. La lutte de classes n'attend pas.

 

Dans ce contexte, que pouvait-on attendre d'une initiative organisée par la Mairie de Paris, soutenue par la Mairie du 15 ème, en coopération avec l'Institut culturel allemand Goethe et le Conservatoire du 15 ème. Le pire ? Non, la mauvaise foi ne règne pas partout. On peut faire un travail honnête, critique, historique tout simplement.

 

Sept représentations musicales, un débat sur la liberté artistique, essentiellement au Conservatoire Frédéric Chopin dans le 15 ème. De talentueux compositeurs et chefs d'orchestre de l'Allemagne de l'est, d'hier et d'aujourd'hui, étaient réunis.

 

Les œuvres de Johann-Sebastian Bach et Hannes Eisler étaient particulièrement à l'honneur, comme dans la défunte RDA. Les textes de Bertolt Brecht mais aussi les poèmes romantiques d'Holderlin, Leopardin Schiller on trouvé droit de cité … et même une parodie critique du célèbre roman de Goethe. Les « Nouvelles souffrances du jeune W. » transposée dans la RDA des années 1970 !

 

Quoi qu'il fut difficile pour les jeunes communistes du 15 ème d'assister à toutes les représentations – avec un week-end chargé du côté du Parti, avec la Conférence nationale du PCF à Montreuil et un meeting organisé par l'opposition marxiste, révolutionnaire dans le PCF, dont la section du 15 ème est un des fer de lance – nous avons prêté beaucoup d'attention à cette initiative.

 

Outre la qualité esthétique des représentations, la remarquable concentration de compositeurs, chefs d'orchestre français et allemand, c'est l'approche même des organisateurs qui nous a convaincu.

 

Tous les acteurs s'accordent sur une société contradictoire, mais où les rapports humains étaient d'une autre qualité. Dans l'introduction à cette initiative, on retrouve justement que si le film La vie des autres :

 

« reflétait un aspect terrible de ce pays, il ne peut tout dire d'une société complexe, riche et à bien des égards solidaire où les relations humaines étaient d'une autre qualité que ce que nous pouvons connaître chez nous aujourd'hui ».

 

La RDA était une société où la culture avait la priorité, la démocratisation de la culture était une réalité et non un slogan.

 

Les organisateurs de l'initiative ont pris un exemple, l'école spécialisée Haendel de Berlin – fleuron de la ville, mais chaque arrondissement avait son école de musique, et toute avait une structure analogue – pour illustrer cette priorité.

 

Les enseignants des écoles générales insistaient sur l'éveil culturel, l'expérimentation musicale, pré-sélectionnait de 1 000 à 1 200 élèves, un sur dix est orienté vers l'école Haendel. Une sélection très jeune, dès 8 ans, qui permettait tant de former les grands artistes comme des millions d'amateurs.

 

Les cours sont intensifs : 11 h par semaine à l'âge de 8 ans, 41 h à 15 ans. Pourtant, cette formation artistique reste couplée à une formation générale et polytechnique. Des hommes complets plutôt que des artistes autistes, ou des sportifs crétins. Telle était la conception de la RDA.

 

Les résultats étaient brillants. En 1972, au moment de l'examen de transition passé à 14 ans, on obtient 36 % de mention « excellent », 12 % de « très bien », 52 % de « bien ».

 

Mais ces écoles spécialisées ne nuisent pas aux écoles générales, pas de concurrence malsaine entre établissements. Chaque école générale a sa chorale, son orchestre, des moyens, des liens avec le conservatoire local.

 

Les écoles spécialisées (comme générales) étaient gratuites, les instruements prêts, les manuels étaient fournis en double exemplaire.

 

La jeunesse avait un rôle central en RDA, l'éducation pour tous était une priorité, les enseignants respectés.

 

Les organisateurs avaient distribué une mise au point historique inspiré pour partie de l'ouvrage « L'enseignement en RDA » publié par les Editions sociales. A juste titre, ils parlent d'une vision quelque peu idéalisée mais assez fidèle.

 

D'abord, pour une école de musique prestigieuse comme celle Haendel dont nous avons parlé, un exemple peut être donné. Dans une classe, pour l'entrée à l'âge de 8 ans, on comptait 10 fils d'ouvriers d'industrie, 9 fils de petits employés et 9 fils d'intellectuels (dont enseignants).

 

En RDA, la jeunesse avait une place considérable. La place de l'enseignant dans la société était primordiale. A tel point que chacun avait son jour de fête : le 1er juin pour les enfants, le 12 juin pour les enseignants.

 

Le « Programme d'instruction et d'éducation » adopté au début des années 1950 résumait bien la politique volontariste et humaniste d'éducation de la RDA :

 

« 1 – Développement physique et intellectuel harmonieux ;

2 – Eveil de l'attention, de l'imagination, de la mémoire et de la réflexion (dont la maitrise de la langue) ;

3 – Acquisition des connaissances élémentaires sur la vie socialiste, la nature, le temps et l'espace, les ensembles ;

4 – Education au beau ;

5 – Eveil du sens social ; »

 

Quand on voit la faible place accordée à l'éducation artistique, culturelle pour tous à l'école aujourd'hui – ou alors d'une façon qui ne gomme guère les inégalités sociales de base – on peut être frappé par ce 4 ème point devenu priorité gouvernementale.

 

Mais quelle liberté culturelle dans cette « dictature du peuple » ? Quelle démocratie, participation politique dans une société qui pouvait encourager au conformisme ?

 

Ces questions n'ont pas été éludées. Il est intéressant de laisser la parole à deux acteurs de ce week-end, deux figures de la RDA socialiste.

 

D'abord, Georg KATZER, compositeur qui va faire le pari de la musique d'avant-garde dès les années 197P0. Il reconnaît que la RDA, comme dictature, concevait l'art sous l'angle de la propagande. Mais il tient à dire qu'il récuse tout parallèle entre communisme et nazisme.

 

Pour lui, la politique culturelle de la RDA pouvait être contradictoire. D'un côté, elle décourageait les innovations perçues comme suspectes, on décourageait l'engagement politique nécessairement critique.

 

De l'autre, l'Etat dépensait massivement dans la culture, préservait et faisait vivre le patrimoine culturel allemand. Katzer rappelle que le pays comptait 80 orchestres professionnels, des réseaux denses d'écoles gratuites, les commandes étatiques alimentaient une vie culturelle riche.

 

Chaque artiste – même celui qui comme M.Katzer ont choisi la liberté artistique, donc refusait un poste permanent – avait de quoi vivre de sa passion grâce aux subventions publiques pour le logement, la nourriture, l'énergie.

 

Katzer n'a jamais vécu dans l'opulence, mais pas non plus dans la misère. Les pouvoirs publics n'ont pas promu son choix d'une « neue musik » (musique d'avant-garde), ils ne lui ont jamais imposé une censure stricte.

 

Sa déception vient d'une certaine sclérose, un conformisme culturel qui bridait la recherche créative : pris entre le marteau du dogme du réalisme socialiste (mais très flou, ce qui explique la censure relativement limitée) et l'enclume des goûts très classiques du public.

 

L'acteur de théâtre Reinhard STAUBE, devenu une star après 1972 pour sa participation aux « nouvelles souffrances du jeune W. », racontant les aspirations, le mal-être, la soif de vie d'un jeune est-allemand qui rêve de jeans et de musique occidentale, artiste qui aspire à plus de libertés.

 

Quand on demande à Staube ce que cela signifiait, être comédien en Allemagne de l'Est, il répond : « Formidable ! Dans les écoles d'Etat, on était très bien formés, les conditions de travail étaient exceptionnelles ».

 

Quand on lui parle de la STASI, il répond : « oui, c'est vrai, ils étaient là. Mais si on disait pas ouvertement qu'on voulait aller à l'ouest, ils nous laissaient tranquilles ». Comme le rappelle Staube, il a pu bénéficier d'un responsable politique à Halle qui a soutenu sa pièce critique, le propulsant comme un succès non seulement à Berlin, en RDA mais aussi en RFA.

 

Une lutte quotidienne contre l'oubli imposé par la RFA.

 

Dans leur introduction à cette initiative culturelle, les organisateurs soulignent un objectif fondamental : « lorsque les deux Allemagne se sont réunies, un peuple a disparu, dont le témoignage musical est essentiel ». C'est à la quête de la mémoire de la culture allemande qu'il faut repartir, dans sa pluralité.

 

Exemple de cette politique de négationnisme culturel et politique. L'absence aujourd'hui de toute référence au Centre culturel de la RDA inauguré en 1983. La France était le seul pays de l'OTAN à compter un tel institut !

 

Situé au 117 boulevard Saint-Germain, celui-ci a fermé en 1990. Depuis, le lieu est devenu l'Ecole de journalisme de Sciences-po. Aucune plaque ne rappelle ce haut lieu de la culture allemande à Paris.

 

Les manuels scolaires français reprennent peu ou prou le discours de Guerre froide, repris en RFA capitaliste, comparant communisme et nazisme.

 

Ce qui n'est pas dit, c'est que l'Allemagne de l'est a réalisé une vraie épuration de l'appareil d'Etat, des milieux économiques, des centres culturels, face à tout élément ayant collaboré activement avec le nazisme. 40 000 des 50 000 enseignants ont ainsi été révoqués en 1945, remplacés par des jeunes profs recrutés chez les paysans et ouvriers de RDA.

 

En RFA, les collaborateurs sont – exceptés les têtes les plus politiques – restés en place, en particulier dans la grande industrie où les Bayer, Siemens, Porsche, Thyssen, Krupp, Bosch, Mercedes, Hugo Boss ou BASF ont gardé tout leur pouvoir intact.

 

En tout cas, nous nous félicitons – tout en regrettant de ne pas pouvoir y participer plus activement – de cette initiative qui a regroupé l'Institut Goethe, l'Ambassade allemande, les églises protestantes, les mairies de Paris et du 15 ème, le Conservatoire du 15 ème et surtout les historiens, musiciens, militants associatifs, hommes de foi qui ont produit un travail d'une telle qualité et honnêteté.

 

Cela nous encourage à faire de l'année 2015 celle du retour critique mais constructif sur l'histoire de cette autre Allemagne, celle qui avait fait le choix du socialisme et de la paix. Celle qui manque aujourd'hui à des millions d'Allemands comme elle manque à tous les travailleurs de France, d'Europe et du monde pour qui elle représentait un repère incontestable.

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