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Jeunesse Communiste Paris 15

Non à la casse des diplômes en travail social ! Refuser la déqualification du métier, la banalisation des stages bénévoles

11 Décembre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Education, #Entreprise

--de-moyens-stages-copie-1.jpgNon à la casse des diplômes en travail social !  

 

Refuser la déqualification du métier, la banalisation des stages bénévoles

 

Article pour http://www.jeunescommunistes-paris15.fr/

 

Depuis la rentrée, on dénonce les plans retors du gouvernement : faire rentrer dans les têtes l'idée que la « gratification » du stage (450 €!) est un cadeau, faire accepter un tiers de SMIC comme rémunération acceptable, dans une formation de plus en plus déstructurée.

 

Ce 12 décembre, les syndicats dont la CGT, la FSU, appellent à une journée de grève, de mobilisation, un rassemblement devant le Ministère des Affaires sociales pour dire « Non à la casse des diplômes en travail social », non à un « travail social du moins-disant ».

 

Formation au rabais, métier déqualifié, salaire en danger

 

La refonte du travail social est une remise en cause grave de la formation des travailleurs sociaux réduite à l'acquisition de compétences et non d'un savoir. Une remise en cause sanctionnée par un diplôme unifié, niant les qualifications propres à chaque métier, déréglementant les professions.

 

Un métier uniformisé, déqualifié, simplifié en tâches interchangeables, faisant des travailleurs du social des exécutants polyvalents, « prêts à employer » pour les associations, les collectivités mais aussi les entreprises.

 

Dans une logique d'austérité, d'idéologie dominante du « coût du travail » : ce sont surtout des travailleurs à moindre coût qu'il faut, exploitable à merci. Avec une rémunération faible (comme salarié) ou nulle (comme stagiaire).

 

Il faut donner l'illusion de la reconnaissance de « compétences », la « capacité » à réaliser des tâches spécifiques et variées : on est au mieux technicien du social, au pire un ouvrier spécialisé de l'assistance sociale. Mais ni un artisan qui réalise une œuvre sociale, ni un concepteur de sa mission, encore moins un intellectuel pratique.

 

Concrètement, la Direction générale de la Cohésion sociale (DGCS) a lancé en 2013 un travail de refonte des diplômes en travail social, confié à la Commission professionnelle consultative du travail social (CPC). Cette dernière rendra son plan final public le 15 décembre.

 

Simplification du travail social : devenir de simples exécutants spécialisés en rien

 

On sait que les gouvernements de droite précédents ont tout fait pour « uniformiser les diplômes », « simplifier les métiers » : de fait les détruire. C'est le sens des réformes de 2004 et 2011. La réforme de 2015 va définitivement casser la conception du service public derrière l'aide sociale :

 

  • « Déréglementation des professions, casse des diplômes » : ils veulent casser les diplômes d'Etat d'éducateur spécialisé (DEES), d'assistant de service social (DEASS), de conseiller en économie sociale et familiale (DECESF), d'éducateur de jeunes enfants (DEEJE) pour en faire un seul « diplôme unique du travailleur social » de niveau III, bac + 3 : un diplôme dévalorisé car aucunement lié à la maîtrise d'un savoir pratique, riche, utile dans le secteur ;

     

  • « Déqualification du métier, destruction des métiers » : on passera d'un travailleur social expert de son domaine (ex : l'éduc spé, l'assistante sociale), mais comprenant l'ensemble des métiers, à un technicien interchangeable entre les différentes missions, maîtrisant une polyvalence vide, gérant la misère sociale plus qu'il ne peut la corriger. Le premier projet du CPC, c'est la fusion du métier d'AMP (Auxiliaire médico-psy) et AVS (Auxiliaire de vie scolaire) : ce sont deux métiers spécifiques, avec leur savoir précieux, qui vont disparaître !

 

  • « Simplification de la formation, pour une formation au rabais » : la formation sera de 2 ans obligatoires (générale) et une 3 ème année optionnelle (spécialisation). Il y aurait un tronc commun (50 %), une vague spécialisation ensuite (40 %, soit aide et développement, soit accompagnement socio-éducatif, pour être vague, c'est vague !) puis une spécialisation optionnelle dans une 'compétence', une 'tâche ultra-spécifique' (médiation, petite enfance, projets territoriaux). Cela signifie à la fois d'une perte dans la conception générale, théorique du métier, et une spécialisation liée à des besoins des employeurs, et non celui des usagers ;

     

  • « Marchandisation du secteur social, flexibilisation du statut » : il s'agit de faire des travailleurs sociaux des personnels employables sous toute condition, adaptables à toute tâche, au comportement normé, mécanique (et non humain) face aux problèmes sociaux. Pour les employeurs, il faut une main d’œuvre docile, prête à des missions temporaires et qui ne (se) pose pas trop de questions ;

     

  • « Moins-disant salarial : stages non-payés, salaires en baisse ? » : c'est là où ça fait très mal. Le gouvernement essaie de séduire en promettant des « gratifications » de stage (à 450 €!), des « comptes personnels de formation » permettant de se faire un capital de formations. De la poudre aux yeux. La refonte du cursus va déboucher sur des stages plus courts (moins de 2 mois ?), soumis aux besoins des organisations sur le terrain (pas à ceux des étudiants) : ce qui veut dire des stages moins formateurs et surtout peu ou pas payés du tout. Et dans la suite de la carrière, rien ne change : non-reconnaissance d'un niveau Master 1, d'un grade A dans la fonction publique, et casse d'un diplôme d'Etat reconnu. Le pire est à craindre, une baisse générale des rémunérations dans un contexte d'austérité dans les associations, les collectivités locales, premiers employeurs des travailleurs sociaux ;

 

Uniformisation européenne vers le bas : c'est non !

 

Un des arguments avancés, c'est la nécessité de s'aligner sur les conditions européennes : la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat), le crédit de formation ECTS. On promet une plus grande mobilité dans toute l'Europe. La promesse de l'exil, de l'émigration quand le travail social sera cassé ici ?

 

L'Union européenne est l'instrument qui permet casser nos services publics partout : c'est elle qui a imposé, avec la complicité des gouvernements successifs, au nom de la « concurrence libre et non-faussée », la privatisation de l'électricité, des autoroutes, de la poste, du chemin de fer, des télécoms.

 

Dans le travail social, elle est un prétexte offrant aux gouvernants l'occasion de casser nos diplômes d’État protecteurs, une formation de haut niveau pour les remplacer par une main d’œuvre flexible, sous-payée, abandonnant toute conception de service public de l'aide sociale.

 

Aligner le travail social sur les conditions du reste de l'Europe ? Rappelons que le salaire minimum est de 700 € en Espagne, 500 € au Portugal, de 300 € en Pologne et 150 € en Roumanie.

 

Le président du MEDEF, Pierre Gattaz, réclame un demi-SMIC pour les jeunes, ce serait le SMIC à 500 €, le prix auquel le gouvernement promet de payer les stages. Il encourage le « bénévolat » comme façon de sortir de la crise. On peut aussi appeler cela l'esclavage sympa.

 

Dans les pays dits riches se développent les « contrats zéro heures » en Angleterre (un contrat sans heure ni salaire garanti : totale dépendance envers l'employeur!), les « mini-jobs à 1 € de l'heure » en Allemagne. Si on laisse faire, c'est ce qu'ils vont expérimenter dans le travail social.

 

Ce 12 décembre, il faut être nombreux pour dire non à cette uniformisation par le bas, à cette casse du métier de travailleur social. Exigeons ce qui est réaliste :

 

  • PAS UN STAGE NON-PAYE DANS LA FORMATION : 600 € maintenant, convergence vers le SMIC pour les stages répondant à la mission d'un travailleur social titulaire ;

     

  • RECONNAISSANCE DU NIVEAU MASTER 1, du GRADE A DE LA FONCTION PUBLIQUE : pas un salaire en-dessous de 1 700 € net par mois ;

     

  • DEFENSE d'une FORMATION GENERALE de HAUT NIVEAU et d'une SPECIALISATION QUALIFIANTE : acquisition d'un savoir spécialisé, d'une base théorique commune, reconnue par un diplôme national ;

     

  • MAINTIEN DES DIPLOMES d'ETAT, de la REGLEMNTATION de la PROFESSION ;

     

  • RETOUR sur les COUPES BUDGETAIRES DANS les ASSOCIATIONS, les COLLECTIVITES LOCALES : entre 40 et 50 milliards d'euros de coupes d'ici 2017 qui mettent en danger au moins 250 000 emplois de travailleurs sociaux. Inacceptable au moment où les grandes entreprises ont reçu 50 milliards d'euros de cadeaux fiscaux avec le CICE ;

 

On peut gagner sur ces revendications contre ce gouvernement, on ne peut gagner que par le rapport de force face à ce gouvernement qui joue la stratégie du pourrissement, de la division des travailleurs sociaux pour mieux imposer sa logique du moins-disant social !

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