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Jeunesse Communiste Paris 15

Notre hommage à Henri Alleg, ami et camarade - la JC 15 répond à Malakoff à l'invitation du PADS et de l'ACCA

29 Octobre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Histoire

halleg2013.jpgNotre hommage à Henri Alleg, ami et camarade, combattant de la cause anti-colonialiste algérienne

 

 

La JC 15 répond à l'invitation de nos camarades du PADS et de l'ACCA

 

 

 

Article pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

Ce 25 octobre, à Malakoff, Agir contre le colonialisme aujourd'hui (ACCA) et le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme (PADS) organisaient une journée-hommage : « Henri Alleg, toute une vie de combats - contre l'exploitation, pour le socialisme ».

 

La Jeunesse communiste du 15 ème arrondissement a répondu naturellement présent à cet hommage pour rendre hommage à celui qui fut notre parrain à notre fondation, ainsi que Léo Figuères, ancien maire de Malakoff, mais aussi résistant et dirigeant du PCF.

 

Nous l'avons fait aussi par fraternité, respect pour nos camarades au courage exemplaire Jean Clavel, Alban Liechti ou William Sportisse, ainsi que pour la famille d'Henri Alleg, ses enfants André et Jean Salem.

 

La JC du 15 ème est intervenue dans la deuxième table-ronde sur l'actualité du combat d'Henri Alleg. Par la voix de son secrétaire, elle a rappelé ce qu'Henri nous a apporté lors de la rencontre que nous avions organisé, l'actualité de son combat anti-colonialiste, pour une transformation révolutionnaire de la société, avec comme outil : le parti communiste.

 

Nous avons eu l'immense joie de le rencontrer, de le connaître, d'échanger avec lui. Son épouse Gilberte était une habituée des réunions du PCF 15 ème, Henri nous épaulait dans la rédaction des textes importants, ceux de Congrès ou de solidarité internationale.

 

Le 17 décembre 2011, nous avions invité Henri Alleg, il était pour nous ce militant communiste, figure de la lutte anticoloniale en Algérie, dirigeant du PC Algérien et directeur d'Alger Républicain. C'était pour nous plus un personnage historique qu'un camarade.

 

Il l'est devenu pour la quarantaine de jeunes présents. Il nous a frappé par sa vitalité à 93 ans, sa complète lucidité face aux enjeux contemporains de la lutte contre le colonialisme, l'impérialisme, l'impérialisme. Il savait la dédramatiser par un incroyable sens de l'humour.

 

Des anecdotes, nous en avons à foison. Celle de ce vieux pétainiste qui le recueillit dans une charette en 1941 en Algérie et qui l'a assommé de ses préjugés sur les Juifs, les Anglais, les communistes qui coulent la France. Henri disait : "s'il avait reçu qu'il avait les trois avec lui!"

 

Enfin, si une qualité a suffi à en faire un ami, un camarade : c'est son humilité. Il a brisé la glace d'entrée, désarmé toute marque d'admiration ou de culte de la personnalité naissant. Il a engagé la discussion d'égal à égal, entre frères. La même attitude nous avait frappé, chez un certain Léo Figuères.

 

Ces jeunes communistes, dont une dizaine était présente à Malakoff, se sont enrichis de l'expérience d'Henri qui a insisté sur l'importance de l'organisation communiste : sa justesse d'analyse, son lien avec les masses, son action autonome et rassembleuse.

 

111217_Alleg_130.jpgCes rappels, en ce jour de décembre 2011, nous ont éclairé dans notre action quotidienne. Voici quelques extraits de l'intervention de notre secrétaire, ce 25 octobre 2014.

 

Pour lui, la lutte anticoloniale n'était pas une affaire d'engagements individuels exceptionnels malgré la richesse humaine et le courage inestimable de camarades comme Maurice Audin, Fernand Iveton ou Henri Maillot. Ou chez nos martyrs du 15 ème, comme les deux jeunes communistes de Charonne : Jean-Pierre Bernard, Anne-Claude Godeau.

 

Vendredi dernier, les JC 15 rendaient hommage à l'héroique Huynh Khuong An, mort à Châteaubriant le 22 octobre 1941 avec 26 camarades dont Guy Moquet, Charles Michels. Il organisait la résistance clandestine, en reconstruisant le Parti communiste dès 1940.

 

Ces actes individuels s'inscrivaient dans un engagement collectif, rendu possible par une organisation communistes qui les a suscités, orientés, qui a démultiplié leurs forces et leur a donné une direction : l'indépendance et le socialisme.

 

Evidemment, Henri cherchait à relativiser son parcours hors du commun en le ré-inscrivant dans le commun, sa personnalité exceptionnelle dans un parti qui en faisait la règle.

 

Il le revendiquait fièrement : les communistes algériens ont joué un grand rôle dans la lutte pour l'indépendance.

 

Le PCA a joué un rôle décisif, en organisant la classe ouvrière là où elle se trouvait, en reconstruisant le Parti entre 1945-1954 avec une base ouvrière arabisée, en combattant les éléments de division entre travailleurs, le racisme en premier lieu dans une société coloniale.

 

Les communistes ont construit une organisation de masse et d'avant-garde, l'UJDA (la JC Algérienne) qui fut la plus grande organisation de jeunesse d'Algérie, devant celle du FLN, enfin, donnant une perspective claire à la lutte : l'indépendance, voie vers le socialisme.

 

Comme le disaient les camarades algériens, « pas question de remplacer des Borgeaud français (richissimes colons et propriétaires terriens) par des Borgeaud Algériens ».

 

Sur cette base claire, les communistes n'ont jamais refusé les rassemblements les plus larges mais ils ont toujours refusé de se dissoudre, lorsque le FLN l'a exigé lors de la guerre.

 

Oui, Henri insistait, les communistes français peuvent être fiers de leur action.

 

Aucun autre parti n'a mené, de bout en bout, en France la lutte pour la paix en Algérie et l'indépendance comme le PCF l'a fait. Combien de fois l'Humanité a-t-elle été saisie parce que, comme Alger Républicain en Algérie, elle était le journal qui disait toute la vérité ?

 

Le combat anticolonialiste du PCF fut une prise de conscience et un déclencheur de l'engagement pour nombre de jeunes. Henri a rappelé les années de prison des camarades, soutenus par le PCF, qui ont refusé de prendre les armes. Jean (Clavel), Alban (Liechti) sont là pour en témoigner.

 

Oui, 1956, le soutien à la pacification en Algérie prônée par le socialiste Guy Mollet était une erreur. Les communistes ont été dupés par la duplicité de Mollet, offrant la paix, cherchant la guerre. Ils se sont illusionnés dans leur recherche d'union de la gauche, de front républicain. 

 

Mais des leçons, les communistes n'en ont pas à recevoir. Surtout des socialistes.

 

Le ministre de l'intérieur lors des événements de Sétif en mai 1945 était un socialiste (Texier), Guy Mollet fut celui qui a lancé la répression euphémisée en « politique de pacification », François Mitterrand est celui qui disait « l'Algérie, c'est la France », qui a guillotiné à tour de bras.

 

Les socialistes ont été au cœur de la répression coloniale. Certains étaient plus humains que d'autres. Henri citait le gouverneur SFIO Naegelen, plus compréhensif quoiqu'un rouage majeur de l'appareil colonial.

 

Les négociations que mena Henri pour assister au 1er Congrès du FMJD à Prague en 1947 avec le gouverneur étaient épiques, Henri faisant passer l'affaire pour une simple manifestation culturelle anodine. Naegelen, pas dupe, a laissé faire tout en restant vigilant.

 

De mon côté, je suis récemment rentré en contradiction avec un réalisateur qui a chosi de rappeler un massacre oublié : celui du 14 juillet 1953, en plein défilé populaire à Paris, où périrent 6 nationalistes Algériens et 1 militant communiste.

 

Un travail salutaire mais qui finit sur une note dangereuse, un air qu'on connaît : la mise en concurrence des mémoires des massacres, 14 juillet 1953, 17 octobre 1961 vs 8 février 1962. Une concurrence macabre, une mise en accusation des communistes. Qui de victimes passeraient presque à assassins de la mémoire !

 

Quel mauvais procès, quel erreur stratégique. Les vrais criminels sont ceux qui réalisé ses crimes : ils sont dans l'appareil d'Etat, au gouvernement. Ils sont démocrates-chrétiens, radicaux, socialistes, gaullistes, ex-pétainistes.

 

Lors du débat, Henri avait montré la justesse, aussi, de son analyse du présent.

 

En 2011, il identifiait déjà les périls - avec les potentialités du Printemps arabe - d'une intensification de l'offensive impérialiste en Afrique du nord et au Moyen-orient. Trois ans après : Libye, Syrie, Mali, Irak. Sa méfiance, sa lucidité nous frappent encore. Les révolution tunisienne, égyptienne confisquées nous interpellent encore plus.

 

Il nous mettait en garde sur la nécessité de reconstruire une organisation communiste tournée vers l'avenir, inscrite dans la lutte de classe, fidèle à notre engagement pour une société libérée de l'exploitation.

 

Il nous incitait à nous inspirer du travail de l'UJDA, dans un autre contexte : priorité à la jeunesse ouvrière et populaire, lutte contre le poison du racisme. 

 

C'est aussi parce que l'organisation communiste a été écartée de la construction du socialisme algérien à l'indépendance que celui-ci a dégénéré en un capitalisme d'Etat coupé des aspirations du peuple, que les travailleurs sont désarmés pour mener une lutte contre la restauration d'un capitalisme affairiste en Algérie, contre les diversions dangereuses.

 

Avant de conclure, je voudrais rappeler une anecdote (une de plus!), celle de la fin de la rencontre. Je me dirige vers Henri, impressionné, pour lui exprimer simplement le fait que ce fut un honneur de faire sa connaissance, même ce fut si tardif.

 

Il me devance, sent mon appréhension, sent venir la marque de déférence déplacée entre camarades et me glisse : "J'ai été ravi de faire ta connaissance, de faire la connaissance d'un camarade comme toi ... dommage que ce fut si tard". J'étais désarmé.

 

Juste avant de repartir, je reviens vers lui et cherche à lui exprimer mon souhait d'une nouvelle initiative, cette fois de façon plus sobre, je lui lance : "Nous allons nous revoir très vite, nous organiserons une initative pour le 8 février, l'anniversaire de Charonne. Nous voulons que tu soies des nôtres".

 

Il répondit alors, d'un sourire grave, "Tu sais, à mon âge, on n'est pas sûr d'être encore là. Et je crains même que nous nous revoyons pas".

 

La suite, nous l'avons appris au début de l'année 2013 par son fils Jean, avec inquiétude, désespoir puis sérénité. Nous avions promis à Henri que nous nous reverrions. Nous sommes ici, ce samedi, pour nos retrouvailles. Et ce n'est pas pour une dernière fois.

 

Car le meilleur hommage à rendre à Henri, il est quotidien, dans le renfrorcement de notre organisation révolutionnaire, de nos luttes contre ce système inique, dans le refus de toutes les formes d'oppression. Henri est avec nous dans ce quotidien, son esprit vit en ceux qui luttent. 

 

Henri avait eu horreur de tout culte de la personnalité, des hommages nostalgiques, de l'embaumement stérilisant. Henri est avec nous, son esprit vit en notre lutte quotidienne, dans notre engagement collectif, il vit dans la jeunesse qui lutte.

 

Henri semblait éternellement jeune car, pour lui, le "communisme était la jeunesse du monde", comme disait notre camarade Paul Vaillant-Couturier. Faisons du communisme, la jeunesse du monde du XXI ème siècle !

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