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Jeunesse Communiste Paris 15

Nouveau décret sur l'apprentissage : des millions de cadeaux pour les entreprises, mais pas de cadeaux pour les apprentis!

8 Octobre 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Education, #Entreprise

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Nouveau décret sur l'apprentissage : des millions de cadeaux pour les entreprises, mais pas de cadeaux pour les apprentis!

 

Article pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

Le président Hollande prétend faire de l' « apprentissage sa priorité ». A la bonne heure. Un nouveau décret adopté le 10 septembre change les conditions de l'apprentissage. De nouvelles aides publiques pour la réussite des entreprises, peu d'aides pour la réussite dess apprentis, une main d'oeuvre pas chère mise au service du patronat.

 

L'apprentissage est présenté par le gouvernement Valls comme la solution au chômage qui touche un jeune sur quatre. Il veut encourager la création de 100 000 nouveaux apprentis d'ici 2017. Comment compte-t-il faire cela ? Dans les intérêts de qui ? Qui va payer ?

 

Pour les entreprises : des cadeaux par millions !

 

Le MEDEF, le syndicat des patrons, voulait un apprentissage avec « zéro charges », c'est-à-dire gratuit. Le gouvernement lui donne un apprentissage subventionné par nos impôts, donc payés par les travailleurs. Parmi les aides maintenues ou augmentées :

 

  • l'exonération de cotisations sociales patronales (pour payer notre Sécu) est maintenue ;

     

  • l'aide à l'embauche ne se limite plus au premier apprenti et pour les entreprises de moins de 50 salariés, elle s'étend à tout apprenti supplémentaire, pour les entreprises de moins de 250 salariés : elle est de 1 000 € ;

     

  • l'aide à l'embauche est doublée (2 000 €) pour les TPE (très petites entreprises) ;

     

  • le crédit d'impôt de 1 600 € est maintenu mais ciblé sur la première année de formation ;

     

  • l'aide au « contrat de génération » créé en 2012 prévoit 4 000 € de cadeau à l'entreprise par an pendant 3 ans

 

Pour les apprentis : pas de cadeaux !

 

Et alors, cela change quoi pour les apprentis, cette loi ? Hélas, pas grand-chose …

 

Le gouvernement laisse aux entreprises la 'liberté' d'un « contrat en CDI comportant une période d'apprentissage », promettant à l'apprenti une stabilité de l'emploi.

 

Cette 'liberté', on se doute que les entreprises vont l'utiliser pour refuser, quand d'autres vont s'en servir (l'« effet d'aubaine » comme disent les économistes) pour embaucher des jeunes qu'elles auraient prises autrement en CDI … pour les faire passer en statut d'apprenti, les payer moins et toucher les aides publiques.

 

Hollande avait promis la même chose en 2012 avec le « contrat génération » (soit l'embauche d'un jeune pour préparer le départ à la retraite d'un salarié). Deux ans après, c'est un fiasco, 20 000 embauches contre 75 000 promises, toutes aux frais du contribuable.

 

Le gouvernement a annoncé aussi qu'il prendrait – sous certaines conditions – les trimestres des apprentis pour la retraite … tout en faisant passer le nombre d'annuités pour avoir une retraite pleine à 43 ans. Par rapport à nos parents, on va travailler six ans de plus. De qui se moque-t-on ?

 

Le seul changement légal réel, c'est le rabaissement du seuil pour être apprenti de 16 à 15 ans ! Et le MEDEF, la droite veulent un statut de « pré-apprenti » à 14 ans. Voilà le seul changement, le travail à 15 ans.

 

Parce que rien ne change, pour le pire de notre statut :

 

  • un travail de professionnel mais sous-payé. Il dépend des conventions collectives, mais il est toujours en-dessous du SMIC. Pour le bâtiment, par exemple, si on a moins de 18 ans : c'est 40 % du SMIC la première année (440 € net), 50 % la deuxième année (550 €), 60 % la troisième (660 €). Une main d’œuvre très bon marché pour notre patron ;

     

  • des chances d'avoir un emploi stable qui se dégradent. Sept mois après avoir quitté le CFA, seuls 65 % des anciens apprentis ont un boulot, un sur deux seulement en CDI ;

     

  • l'apprentissage conduit de plus en plus à l'échec, de moins à moins à une formation de qualité pour tous. Le taux d'échec est largement supérieur à celui des fillières pro ou techniques. Ainsi, en Ile-de-France, pour les apprentis niveau 5 (BEP/CAP) : 35 % des contrats sont rompus avant la fin, seuls 53 % des apprentis ont leur diplôme à la fin ;

 

Refusons la casse de nos lycées pro !

 

Cette mauvaise conception de l'apprentissage coûte cher, très cher à la collectivité. L’État a promis 300 millions d'euros supplémentaires en 2015 pour l'apprentissage. Actuellement, 75 % des contrats d'apprentissage sont payés par des fonds publics, des milliards d'euros dépensés chaque année. Pour quel résultat ?

 

Cela ressemble à une mauvaise équation : plus les entreprises reçoivent des aides, plus on construit notre échec dans la formation !

 

C'est normal, cet argent ne va pas au renforcement des capacités de nos CFA, comme il est enlevé à nos lycées techniques et pro, nos universités.

 

Dans le 15 ème, en 2014 : notre lycée pro de Brassai perd 13 % de son budget, Beaugrenelle 7 %. Ce n'est pas mieux pour les lycées techniques : Fresnel perd 1 %, St-Lambert et Louis Armand 3 %. Moins de matériel, moins d'offre de fillières, c'est le prix à payer des aides aux entreprises !

 

Le gouvernement prévoit même la ré-intégration de 60 000 apprentis dans les lycées pro.

 

C'est un piège dangereux : le gouvernement utilise les apprentis pour casser nos lycées pro dans leur mission de formation, en introduisant encore plus l'entreprise dans nos lycées, en développant les formes d' « alternance », de stages qui sont un moyen de nous employer à 0 € pour les entreprises.

 

L' « apprentissage » développé depuis les lois Balladur de 1993, par la droite surtout et le PS, a fait passer le nombre d'apprentis de 200 000 à 400 000. Mais ce ne sont pas les apprentis niveau 5 (BEP/CAP) qui ont augmenté, ce sont des niveaux 3, 2 ou 1.

 

En fait,les entreprises ont utilisé l' « apprentissage » pour développer l' « alternance » chez les jeunes, des moyens déguisés de nous payer à 25 ou 50 % du SMIC. Stop à cette exploitation éhontée !

 

On nous dit de suivre le modèle allemand, où tous les jeunes ont un emploi qualifié grâce à l'apprentissage.

 

Faux ! Les jeunes allemands fuient de plus en plus l'apprentissage car c'est le moyen pour les patrons d'avoir une main d’œuvre gratuite et exploitable à merci: 45% des contrats d'apprentissage ne vont pas à leur terme en Allemagne, seuls 15% débouchent sur un contrat définitif.

 

Ce décret sur l'apprentissage, comme celle sur les stages adoptée à l'été 2014, ne va pas dans le bon sens. Il est temps de revendiquer une vraie formation professionnelle, une vraie politique de soutien à l'emploi pour les jeunes en France :

 

  • des moyens pour nos lycées pro et techniques : stop aux coupes budgétaires imposées par la région qui asphyxient nos lycées ;

     

  • rétablissement du bac pro en 4 ans et non trois : c'était une condition essentielle de la réussite en fillière pro et technique ;

     

  • revalorisation de nos fillières, comme la STI (aujourd'hui STI2D cassée en 2008 ;

     

  • remettons la formation au cœur de nos fillières pro/techniques, de l'apprentissage : l'apprentissage n'a pas vocation à offrir une main d'oeuvre peu chère, les lycées pro une main d'oeuvre gratuite aux entreprises !

     

  • Re-hausser le salaire des apprentis au niveau du SMIC ; c'est le minimum quand les apprentis font le travail d'un salarié normal ;

 

Revendiquons une vraie politique nationale de l'apprentissage, mais au service des apprentis, des futurs travailleurs qui seront les forces productives et l'avenir de notre pays. Refusons une politique mettant l'apprentissage au service des entreprises qui utilisent l'argent de l'Etat, (le nôtre !), une main d'oeuvre quasi gratuite pour maximiser leurs profits à nos dépens !

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