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Jeunesse Communiste Paris 15

« Résister dans l'Allemagne nazie » – les jeunes communistes au théâtre pour voir 'Seul dans Berlin'

5 Février 2014 , Rédigé par JC Paris XV Publié dans #Histoire

SEUL-DANS-BERLIN« Résister dans l'Allemagne nazie » – les jeunes communistes au théâtre pour voir 'Seul dans Berlin'

 

Compte-rendu pour http://jeunescommunistes-paris15.over-blog.com/

 

 

Ce samedi 1er février, une dizaine de jeunes communistes ont assisté à une représentation émouvante et instructive, l’adaptation de l'œuvre d'Hans Fallada « Seul dans Berlin », une pièce unique sur le nazisme au quotidien, entre résistance et lâchetés ordinaires.

 

Comment résister sous le nazisme ?

 

L'ouvrage d'Hans Fallada, « Seul dans Berlin », par le quotidien du petit peuple de Berlin – du lumpen-prolétariat, de la classe ouvrière, de la petite bourgeoisie – expose les formes de la prise de conscience ou de l'aliénation, du courage et de la lâcheté

 

« Le plus grand livre écrit sur la résistance allemande anti-nazie »

 

Primo Levi a dit de ce livre écrit en 1947 qu'il était « le plus grand livre écrit sur la résistance allemande anti-nazie ».

 

Écrivant à Berlin-Est, Fallada prit comme exemple l'acte de résistance d'un ménage ouvrier ordinaire, qu'il retrouva dans les archives de la Gestapo collectées par les autorités soviétiques, livrées à Fallada par l'écrivain communiste Johannes Becher, futur ministre de la Culture de la RDA.

 

La force du livre, de la pièce, c'est la capacité à nous immerger dans le dilemme moral d'individus, seuls face à la force nazie, mais aussi face à la capacité du régime à construire un consensus de haut en bas de la société sur la lutte contre un ennemi commun déshumanisé (le Juif, le communiste, l'étranger), sur les petits intérêts matériels, les jalousies excitées, les lâchetés de chacun.

 

Comment résister quand les organisations de résistance ont déjà été brutalement liquidées ? Le KPD a été interdit en février 1933, ses militants et dirigeants envoyés en camps de concentration dès mars 1933, ses cellules clandestines constamment pourchassées par la Gestapo.

 

Résister ou collaborer, se lever ou se taire : un choix au quotidien

 

Doit-on résister, ou plutôt attendre, voire collaborer pour espérer une vie meilleure, ou plus acceptable, quand on vit dans les bas-fonds de Berlin ?

 

Chaque personnage illustre la réponse à ce dilemme.

 

Otto Quangel et sa femme Anna, bien sûr, de la prise de conscience à l'acte de résister. L'histoire d'une famille ouvrière ordinaire, qui ne faisait jamais de politique. Jusqu'au moment où ils perdent leur fils dans les guerres d'Hitler, qu'Otto perd son poste dans le syndicat officiel par défaut de zèle.

 

Otto et Anna prennent conscience de la machine de mort que représente le nazisme, sa corruption des mœurs sur le lieu de travail, dans les quartiers, dans les familles. Eux qui n'avaient jamais fait de politique se demande : comment résister ? Quel acte efficace pour réveiller les consciences ?

 

Ils décident d'écrire des lettres, chaque semaine, près de 300 en tout pendant plusieurs années, qu'ils diffusent dans tout Berlin pour alerter la population sur le danger mortel du nazisme pour l'Allemagne : sortir de la spirale de la guerre mortifère, des haines fratricides, de la corruption morale, de la misère matérielle et intellectuelle. Dénoncer le parti, l'armée, la SS, l'Etat, Hitler.

 

Dans cette quête, le destin va croiser celui de leurs voisins, entre courage et lâchetés. Le nazisme est paradoxalement une fabrique de la corruption, usant habilement des passions les plus viles, de la misère de certaines couches sociales, du surplus né du pillage impérialiste.

 

Emil Borkhausen incarne la lâcheté d'un fils du « lumpen » qui a pactisé avec la machine nazie. Sans aucune conception politique, morale, ni solidarité de classe ou même familiale, il est prêt à tout vendre, trahir, voler, à vendre son âme pour des désirs vains :

 

celui de la jalousie envers la petite bourgeoisie (juive), l'envie de ses collègues ouvriers, la fascination pour le monde du crime cachant son obéissance zélée à une autorité criminelle.

 

Il va prostituer sa femme pour payer ses verres au bistrot, dénoncer son ami à la Gestapo pour quelques marks, braquer une commerçante juive pour quelques bijoux. Il n'y gagnera que le mépris de l'Etat hitlérien, la honte du regard de ses congénères, la haine de son fils.

 

Et Sara Rosental, la commerçante juive, qui oscille entre la peur et la conscience jamais personnelle de la tragédie du nazisme. Elle qui a perdu son premier mari militant communiste, déporté en 1934. Qui perd son deuxième, victime de la politique de confiscation-pillage des avoirs à l'étranger des Juifs.

 

Veuve, seule face à la mort omniprésente, Mme Rosental va abriter son voisin Enno recherché (à tort) par la Gestapo, avant de se faire trahir par l'ami d'Enno, Borkhausen. Comme pour ceux qui n'ont pas assumé leur courage jusqu'au bout, il ne lui reste plus que le suicide, échec assumé.

 

Enno Kluge, c'est justement ce le dilemme jamais résolu entre courage et lâcheté, entre Borkhausen et Quangel. Bousculé par les circonstances – le braquage raté chez Rosentahl puis l'accusation à tort pour les lettres par la Gestapo – Kluge doit faire un choix, il n'en fait pas vraiment un.

 

Lui, l'ouvrier inconstant en amour, en boissons, en politique, n'assume jamais le courageux qu'il voudrait être. Il accepte de prendre sur lui l'affaire des Lettres, seul acte courageux de sa vie, qu'il regrette vite.

 

Il a le choix entre la mort honorable entre les mains de la police du crime et le suicide. Il refuse de chosir, et il aura le suicide déshonorant … des mains du commissaire de la Gestapo.

 

Ce fameux commissaire Escherich, armé de la logique implacable du fonctionnaire allemand, obéissant, étouffant sa conscience, dissociant jusqu'à la schizophrénie sa morale kantienne avec son action entachée de l'injustice permanente.

 

Escherisch va choisir une forme de résistance passive, pour se donner bonne conscience, tout en continuant à collaborer dans l'appareil. Ce faux choix lui sera fatal. Le nazisme le démet, le soumet au cachot, le réinstalle, le force à se salir les mains.

 

Après avoir tué de ses mains l'indécis Enno Kluge, c'est lui qui assiste au triomphe de la barbarie, de la lâcheté, de l'injustice nazie sur la voix de la conscience, du courage, de la justice. Escherisch commet le seul acte que lui vaut sa lâcheté bien comprise, le suicide.

 

On pourrait continuer sur tous les autres personnages d'une richesse infinie, souvent marquée par cette conscience aliénée qui se mue en prise de conscience, culpabilité, rancœur et en refus du monde.

 

C'est Eva Kluge, la postière nazie modèle qui apprend les horreurs que commet son fils au front et décide de vivre à la campagne épouser Kuno, le fils de Brockhausen, qui sombrait dans la délinquance, avant de prendre lui-même conscience – par son père – de l'impasse du nazisme.

 

Rarement une œuvre n'avait touché au plus profond du tourment des êtres dans une période troublée, la solitude face à ces choix, celui de le faire – le bon ou non – de se tromper, d'assumer, celui de ne pas le faire, et de subir celui fait par d'autres.

 

La résistance allemande au nazisme méconnue :

le rôle central des communistes

 

Profiter de la richesse de cette pièce, c'est aussi rappeler le contexte historique de la « résistance allemande au nazisme », loin des préjugés maintenus en France, lourdement dépendante de l'historiographie ouest-allemande.

 

Cette ré-écriture de l'histoire typique de la Guerre froide survalorisant les actes individuels, les cas de conscience des membres haut placés du rouage de l'appareil nazi, dévalorisant la résistance ouvrière, l'organisation communiste ou socialiste.

 

Ces préjugés aboutissent sous une forme caricaturale à la seule évocation du putsch des généraux du 20 juillet 1944 – de ceux qui ont été de toutes les guerres depuis dix ans, prêt alors à tourner casaque pour pactiser en dernière heure avec les Alliés anglo-saxons contre l'URSS – cela donne même désormais des films hollywoodiens avec Tom Cruise !

 

Or, on oublie que le Parti communiste (KPD), en alliance à la base avec les anti-fascistes, les militants socialistes dans les premiers mois du pouvoir hitlérien dispute la rue aux nazis, avant d'être interdit, ses militants déportés en camps à commencer par Dachau.

 

Pourtant, la résistance s'organise, dès 1933 dans l'unité d'action anti-fasciste difficile : luttes revendicatives sur le lieu de travail, noyautage des syndicats officiels, tracts clandestins dénonçant le régime, que la Gestapo eut du mal à décapiter, en dépit des pleins pouvoirs dont elle disposait.

 

En 1936, 8 000 communistes et 700 socialistes étaient mis en prison pour activité illégale et 1 643 220 journaux, tracts ou brochures avaient été saisis par la Gestapo.

 

Il faut rendre hommage ici au grand historien communiste Gilbert Badia qui a réhabilité « ces Allemands qui ont combattu Hitler », notamment cette résistance anti-fasciste, animée par les communistes, doublement sacrifiée en Europe de l'ouest sur l'autel de la Guerre froide.

 

15 000 opposants politiques furent exécutés entre 1941 et 1945, une majorité de communistes.

 

On connaît le groupe « Orchestre rouge », ce groupe de résistants qui avaient infiltré l'appareil politique et militaire nazi, espionné jusqu'aux plus hautes sphères et fourni à l'URSS des informations d'une valeur inestimable.

 

On peut penser aussi au groupe « Saefkov-Jacob », ces deux communistes qui reconstituèrent la plus grande organisation clandestine de résistance, en créant des liens avec une trentaine d'usines de la région berlinoise, des groupes anti-fascistes d'Allemagne de l'est et du nord.

 

Gilbert Badia avait eu le mérite aussi d'exhumer la mémoire de Georg Elser, ce militant communiste qui posa une bombe en novembre 1939 dans une brasserie munichoise où se trouvaient les dirigeants du Parti nazi, qui s'en sortirent en quittant la salle dix minutes avant l'explosion.

 

Elser, menuisier de formation, refusa dès le début le nazisme : geste symbolique fort, il refusa jusqu'au salut nazi, signe de ralliement à un mouvement pseudo-constestaire du système, en fait intégré au système du grand capital allemand.

 

Elser est arrêté juste après l'attentat, interrogé par la Gestapo, n'avouant sous la torture rien d'autre que la vérité : il réalisait cet acte pour arrêter la guerre, les privations pour la classe ouvrière, la dictature brutale et pensait que la mort de Hitler, Goebbels ou Goering serait un pas dans cette voie.

 

Cette pièce a un immense mérite, celui de nous forcer à nous plonger dans les consciences ordinaires de gens du peuple face à la barbarie nazie, nous plonger aussi dans ce qui signifie l'acte de résister, individuellement et collectivement, face à l'horreur quotidienne.

 

 

 

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